Aussitôt la Présidentielle finie, aussitôt le foot ivoirien a repris ses droits post-présidentiels. Alléluia ! Mais hélas, mille fois hélas, les attentes n’ont pas été à la hauteur des promesses. En ce sens que, la Côte d’Ivoire n’a finalement pu placer qu’un seul club sur quatre en phase de poule des compétitions africaines. Il s’agit du FC San-Pedro en C2. Pour le reste, zéro pointé. Le Stade éliminé en C1. Et non sans avoir pris une gamelle : 4 buts en 2 matchs. L’AFAD n’a non plus pas fait mieux en C2. Etrillée par l’USMA à Alger : 3-0. Les Mimos, eux, avaient plié bagage prématurément dès le 1er tour des préliminaires de la C1. Qui plus est à domicile. Tombés aux Sniff ! Sniff ! Sniff ! Comme quoi, le football ivoirien est de retour à la case départ. Ou presque. Puisque le FC San Pedro est desormais son unique ambassadeur sur la scène continentale. Un ban donc pour les Portuaires. Dieu merci ! Car, même dans le coma, le football domestique survit. Hier, c’était l’Asec qui le sauvait de l’enfer.
Aujourd’hui, c’est le FC San Pedro qui le maintient au paradis. Un passage de témoin. Peut-être ! Cela dit, question. Pendant combien de temps encore le football ivoirien va-t-il continuer de jouer à l’autruche en n’engageant pas, dès maintenant, une profonde réflexion sur l’attractivité de ses compétitions domestiques et la compétitivité de ses clubs ? Un constat saute aux yeux. La Ligue 1 n’emballe plus. Elle n’attire non plus pas du monde dans les gradins. Tant le niveau du jeu est d’une faiblesse affligeante. En fait, le championnat national n’est plus ce qu’il a été dans un passé lointain. Et cela fait plus d’une décennie qu’il perd, peu à peu, de sa qualité, de sa consistante et de son attraction. Et ce, par le triple effet d’un déficit criant de talent, de la faiblesse du niveau de jeu de ses clubs ainsi que de cette incapacité de sa Ligue Pro à rechercher et à trouver des solutions innovantes à même de booster sa compétition étalon.
A cela, il faut ajouter la relative faiblesse de ses cadres techniques nommés à la tête des clubs. Ont-ils les prérequis pour exercer ce difficile métier ? Sont-ils aussi suffisamment outillés en la matière et rompus aux arcanes du coaching pour diriger un club de Ligue 1 ? Autant de questions qui se bousculent dans les têtes au moment où la Ligue 1 peine à produire du spectacle qui attirerait des spectateurs.
En tout cas le débat est ouvert. Et la question de l’attractivité et de la compétitivité de nos compétitions domestiques ne devrait plus être un sujet tabou. Mieux elle devrait interpeller les principaux acteurs pour qu’ils engagent, au plus vite, une réflexion approfondie sur le futur de notre football. Il est clair qu’en ces temps de vache maigre pour les clubs ivoiriens sur la scène africaine, le football ivoirien ne saurait faire l’économie d’un véritable audit interne ou externe. Ou qu’il s’agisse d’états généraux ou pas, peu importe la sémantique, toujours est-il qu’il serait enfin temps qu’il fasse l’inventaire de ses forces et faiblesses. Une manière de mesurer le chemin parcouru jusque-là. Sauf que jusque-là que nada.
Le football local ne fait plus recette tant pis ! Tant que la sélection nationale A gagne, tant mieux ! En fait, tous les Comités exécutifs qui se succèdent à la tête de notre fédé, n’ont qu’une seule obsession : l’Equipe Nationale. Et pourtant, le développement et la promotion du football local étaient bel et bien inscrits dans leur programme de campagne. Et si hier, l’Afrique blanche était la ruée vers l’or pour les footballeurs ivoiriens, aujourd’hui, la Tanzanie est devenue le nouvel Eldorado.
Mais qu’est-ce que ce pays de l’Afrique de l’Est a-t-il de plus que la Côte d’Ivoire pour qu’il soit l’exil doré des talents ivoiriens ? Mais, c’est vrai, le football, à l’instar des autres disciplines a toujours été le parent pauvre dans la gouvernance des pouvoirs publics. Or, aujourd’hui, plus que les autres sports, ce jeu de balle est devenu une entreprise de spectacle. Au lieu donc de faire à chaque fois de la récupération quand il ramène un trophée continental au pays, il serait bon qu’il fasse l’objet d’une politique publique. Certains pays, notamment ceux du Nord de l’Afrique en ont fait une priorité. C’est sans doute aussi ce que fait la Tanzanie pour attirer tous ces nombreux talents du continent.
Voilà pourquoi, il serait temps que le football ivoirien change de paradigme. Changer ou disparaitre, telle est l’équation qu’il lui faudra résoudre. Et, son avenir en dépend. Mais cela passera forcément par l’ouverture d’un débat sain et constructif sur la compétitivité et l’attractivité de nos compétitions domestiques. En effet, si hier, l’Asec était cette hirondelle qui faisait le printemps, en tout cas, depuis ces dernières années, l’oiseau migrateur semble avoir pris du plomb dans l’aile. Etant donné que son règne n’est plus de maître comme ça l’était hier où, à chaque début de saison, le titre lui était acquis d’avance. Et même de droit. Et ce, avant même que la compétition étalon ne commence.
L’Asec a gagné 5 titres en 10 ans. Et 3 en 5 ans. Pour autant, faut-il y voir un nivellement du bas vers le haut, ce qui expliquerait cette fin de règne des Mimos ? Ou plutôt l’inverse ? Du fait que l’Asec n’est plus le champion qu’il a toujours été naguère ? La seconde hypothèse est la plus plausible. Ce qui est vrai est que la L1 n’est plus la propriété de l’Asec. Car, tout le monde peut être champion aujourd’hui. A condition, bien entendu, de savoir inscrire dans la durée ses bons résultats. En clair, nul ne détient désormais le monopole de la Ligue 1.
Kambire Elie