Droit au but du lundi 15 décembre 2025 : Pépé–Adingra, hier héros, aujourd’hui parias

Faé Emerse a dévoilé sa liste de 26 « gladiateurs », en plus de deux réservistes, ces « en cas de cas », retenus pour la CAN au Maroc. Deux grosses têtes sont tombées : Nicolas Pépé et Simon Adingra. Tous deux totalisent cinq CAN : 4 pour Pépé et 1 pour Adingra. Malgré leur vécu, coach Faé les a zappés. Non pas, parce que leur savoir-faire et leur talent sont mis en cause. Mais bien, pour des raisons plutôt subjectives. Et qui, à l’analyse, ne tiennent pas la route. Pépé a lui, été sacrifié sur l’autel d’une sanction disciplinaire. Adingra a, de son coté, été écarté du fait qu’il est coiffeur sur le banc de Sunderland : « Ce n’est pas une sanction sportive, mais il y a une forte concurrence à son poste » a jugé Faé. Autrement dit, la présence du nouveau chouchou , Yan Diomandé, expliquerait donc cela. Dès lors, Nico et Simon peuvent aller se faire voir ailleurs. Ingratitude, quand tu nous tiens. Sauf que cette pilule ne passe pas. La mise à l’écart de ces deux talents est injuste. Une vraie hérésie. Un crime de lèse-majesté. Presque. Ailleurs, il s’agirait d’une affaire d’État. En effet, aussi « têtu » soit-il, comment un sélectionneur peut-il se payer le luxe de « blacklister » deux de ses meilleurs talents en allant à une CAN aussi relevée que celle du Maroc ? Qui plus est des tauliers de sa sélection ? De deux choses l’une : soit il marche sur la tête, soit il est têtu comme une… Il est vrai que, qui dit sélection dit élimination. Mais de là à écarter Nico et Simon de la CAN 2025, c’est ne pas se donner toutes les chances de conserver notre trophée. En un mot, c’est se faire hara-kiri. Une décision injuste et arbitraire. Mais pourquoi une telle décision aussi extrême ? En fait, pour avoir charrié dans une vidéo son coéquipier de la sélection, Alban Lafont, d’origine burkinabé, l’attaquant de Villarreal a payé cash cette plaisanterie de mauvais goût. C’est vrai, l’acte est à condamner. D’autant plus que, dans ce pays, la question de la nationalité est un sujet sensible. On ne s’amuse pas avec.

En fait, si Nico lui-même n’était pas ignorant sur la question de la nationalité, il aurait su que son « aïeul », Basile Boli, a joué pour l’équipe de France. Bien qu’étant d’origine ivoirienne. Tout comme Michel Bassolé, Aruna Dindané et tutti quanti. Tous, bien qu’étant d’origine burkinabé ont porté le maillot des Éléphants avant Lafont. Alors question. La punition de Pépé n’est-elle pas disproportionnée par rapport à sa faute ? Certainement. Encore que, dans son communiqué tardif, la FIF, elle-même, reconnaît un « malentendu lié à une plaisanterie ». Où est donc le problème ? La Fédération n’avait également pas condamné le dérapage du joueur dès la diffusion de la vidéo. Elle n’a non plus pas exigé qu’il présentât des excuses publiques ni à son coéquipier, ni même à toute la sélection. Quitte après, à lui infliger une amende pécuniaire ou une suspension de match. Elle est plutôt restée muette comme une carpe de la lagune Ébrié., jusqu’à ce que la non-sélection de Nico fasse polémique. En un mot comme en mille, cette histoire aurait pu se régler intra-muros. Sans qu’il n’y ait toute cette pagaille autour. D’autant plus que toute sélection a, en son sein, un mécanisme de règlement des cas d’indiscipline. Dans le passé, la FIF avait infligé des amendes pécuniaires aux internationaux « hors-la-loi ». Pourquoi ne l’a-t-on donc pas fait pour Nicolas Pépé ? La vérité est à rechercher ailleurs. Il s’agirait d’un problème de personnes. Le courant ne passerait plus entre le coach et son attaquant depuis le mois de novembre dernier. Les deux sont devenus comme chien et chat. Voilà pourquoi NP fut conduit au bûcher pour être brûlé vif. Et sans autre forme de procès. Sans non plus qu’on lui trouvât de petites circonstances atténuantes. En plus avec la complicité de la FIF.

En tout cas, en cas d’échec, elle aussi sera traduite devant le tribunal des flagrants délits pour complicité passive. Quid d’Adingra ? Le coach évoque un manque de temps de jeu. Sauf qu’il s’agit ici d’une plaisanterie de mauvais goût. En effet, pourquoi Adingra et non pas Willy Boly ou Seko Fofana ? Ces deux joueurs cirent eux aussi les bancs de touche de Nottingham Forest et de Rennes ? W. Boli compte zéro temps de jeu avec Forest. Et des bouts de match pour S. Fofana avec Lens. Quand, S. Adingra est lui à 9 titularisations en 16 journées. Alors, qui des deux méritait la sélection ? Si ce n’est pas là un cas de 2 poids 2 mesures, c’est tout comme. Autres énormités de coach Faé. Il a sorti de son chapeau magique, tel un prestidigitateur, la carte Wilfried Zaha. Sauf que l’attaquant de Charleroi avait disparu de l’environnement de l’équipe nationale depuis pratiquement 2 ans. Dans son même tour de passe-passe notre bienaimé coach a sorti de sa manche Jean-Michaël Seri en « exile » en Slovénie. Le problème est que JMS revient tout juste d’une longue blessure qui l’a éloigné des terrains et de la sélection depuis près d’un an. Au total, Faé aura retenu dans sa liste onze « bleus » qui seront à leur première CAN. Par contre il a snobé deux vétérans de sa sélection. Il n’a convoqué aucun joueur local non plus. C’est un mauvais signal ainsi envoyé à la Ligue 1. Une façon de dire aux locaux de s’expatrier pour espérer entrer en sélection. En résumé, les cas, Pépé et Adingra, relèvent d’une injustice ostensible. En outre, l’usage du bâton ne règle pas toujours les situations d’indiscipline. Sauf à nous ramener à cette maxime ô combien célèbre de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Nico et Simon l’ont appris à leurs dépens. Hier héros, aujourd’hui parias.

Kambiré Élie

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