Neuf ans après avoir découvert la sélection ivoirienne à la faveur de la CAN au Gabon, Wilfried Zaha dispute depuis le 24 décembre, sa troisième compétition continentale avec les Eléphants. Il y a encore quelques semaines, personne n’aurait pourtant misé 5 francs CFA sur la présence du joueur de Charlotte FC (Ligue 1 américaine) au Maroc. Mais, Emerse Faé a surpris en sélectionnant un joueur qu’il avait toujours snobé depuis sa prise de fonction à la tête des pachydermes ivoiriens.
Tout le monde savait que la longue mise à l’écart de l’ancien international anglais n’était pas liée à un déficit de performances. Car, hormis sa douloureuse parenthèse à l’Olympique Lyonnais, Zaha n’a, en effet, jamais faibli sur le plan sportif. Son talent n’a, lui aussi, pris aucune ride. Les problèmes de l’ex de Galatasaray avec l’équipe nationale étaient liés à son casier disciplinaire. Car l’homme a eu des problèmes avec tous les sélectionneurs qui se sont succédés sur le banc des Eléphants depuis 2017.
En sélection, l’ailier de Charlotte FC n’avait pas la bonne attitude. Egocentrique, capricieux, difficile à vivre, il n’avait pas laissé une bonne image auprès des dirigeants tout comme auprès de ses équipiers. Comme s’il avait du mal à s’intégrer dans un groupe à la philosophie et la sociologie totalement différentes de ce qu’il a pu connu en Angleterre. Zaha avait clairement un sérieux problème avec les réalités d’une sélection africaine. « A son arrivée, les dirigeants lui avaient déroulé le tapis rouge au Gabon. On nous avait même demandé de faire une haie pour l’accueillir à l’hôtel à Oyem. Cela n’avait pas plu aux anciens du groupe. Après, lui-même n’a rien fait pour s’intégrer. Il restait dans son coin, ne quittait pas sa chambre. Il n’était focus que sur le terrain. Salomon Kalou a beaucoup fait à l’époque pour lui faciliter la vie dans l’équipe. », se souvient un ancien international ivoirien, témoin oculaire des premiers pas de Zaha en sélection.
Malgré les années, Wilfried Zaha n’avait pas changé d’attitude. En sélection, il se plaignait de tout et se tenait à l’écart de la vie de groupe. « Il demandait par exemple qu’on lui apporte son plat dans sa chambre. Ce qui est interdit. Il se plaignait de la nourriture et de beaucoup d’autres choses, oubliant que l’Afrique à certaines réalités. Il avait fini par énerver tout le monde dans l’équipe. », rappelle un autre ancien membre de l’équipe nationale.
Sachant tout ce passif de Zaha, Emerse Faé a beaucoup échangé avec lui avant de coucher son nom sur la liste des 26 Eléphants appelés pour la CAN. Lors de leurs échanges, le sélectionneur avait signifié à l’homme aux 38 sélections (5 buts) qu’il n’hésiterait pas à l’exclure du groupe s’il ne changeait pas d’attitude. Et, à voir le comportement de Zaha depuis son retour, on peut dire sans se tromper que le message a été reçu 5/5. Car, c’est à un nouveau Zaha qu’il est donné de voir.
L’ancien joueur de Manchester United a totalement changé. Il est devenu celui qui fait le plus de facéties, le plus souvent téléphone en main, celui qui vanne sans cesse ses partenaires. La métamorphose comportementale de l’attaquant de 33 ans est sidérante. « J’ai été un peu surpris par sa nouvelle mentalité, témoigne l’un des cadres de l’équipe. Il se mélange à nous, déconne avec tout le monde. Il est plus ouvert et n’a plus de caprices (rires). En réalité, Wil est un bon garçon, une bonne personne. Il a seulement mis du temps à intégrer et à comprendre certaines choses. Il était peut-être aussi incompris. Sur le plan sportif, il est resté ce gros professionnel qu’il a toujours été. Il veut gagner tout, tout le temps. Nous sommes contents de le voir parmi nous. Et, il va beaucoup nous apporter.» Les Ivoiriens n’attendent pas moins de leur Zaha chouchou.
Abdoul Kapo, envoyé spécial à Agadir