La polémique autour de la décision du jury d’appel de la CAF de déposséder le Sénégal de son titre de champion d’Afrique, acquis dans un tohu-bohu indigne pour le foot africain, au profit du Maroc, si elle a soulevé une véritable onde de choc dans le monde sportif, ne devrait cependant pas nous détourner de nos affaires internes. À commencer par le scrutin à venir à la tête de la FIF. Car à chacun son problème. Et s’il est acté que le verdict du jury d’appel ne finira pas de faire les choux gras des médias sportifs, tant que le dernier recours, qu’est le Tribunal arbitral du sport (TAS), n’aura pas rendu son délibéré, le foot ivoirien a cependant d’autres chats à fouetter que de se morfondre ou de se réjouir du malaise ou du bien-être d’autrui. Cela fera bientôt deux semaines que le jury d’appel a usé de l’article 84 du règlement de la CAN pour destituer le Sénégal, tout en consacrant, par ricochet, la victoire du Maroc sur tapis vert. Et comme il fallait s’y attendre, les réactions n’ont pas tardé.
Aussi, vent debout contre la CAF, spécialistes ou simples apprentis du droit du football ont-ils aussitôt investi les plateaux télé et radio pour brocarder ladite décision, faisant au passage le procès de son président, le Sud-africain Patrice Motsepe. Mensonge, affabulation, fable, bref ! Tout a été dit et tout se dit sur cette rocambolesque affaire. De soi-disant exégètes du football nous ont servi toutes sortes de vérités sur cette affaire qui secoue la planète foot, y compris des contrevérités. Parfois, du grand n’importe quoi. En un mot, c’était une sorte de foire aux mythomanes. Comme cette histoire du Maroc qui aurait quitté le terrain lors de la CAN en Ethiopie en 1976. Or, c’est faux. Car, ce 14 mars 1976, la Guinée et le Maroc s’affrontaient pour le dernier match de poule au stadium d’Addis-Abeba.
Cette CAN s’est jouée sous la forme d’un championnat, avec deux poules de quatre équipes chacune, soit huit participants. Le Maroc, la Guinée, l’Égypte et le Nigeria étaient les quatre demi-finalistes. Le Maroc, leader avec 4 points (+2), affrontait donc son dauphin, la Guinée (3 points, +2). Le Maroc n’avait besoin que d’un nul pour remporter le trophée, tandis que la victoire était impérative pour le Syli. Au but de Chérif Souleymane (33e), Ahmed Megrouh, dit Baba, a répondu dans les ultimes minutes de la partie (86e), offrant ainsi au Maroc son premier titre continental. Avec 5 points contre 4 pour la Guinée, les Lions de l’Atlas sont passés haut la main. Contrairement donc à cette légende brandie par certains, aucun incident n’a été signalé au cours de ce match. Heureusement, il a été ramené à ses archives par ses confrères.
Ceci étant, que le jury d’appel ait décidé de sanctionner le Sénégal, tant pis ! Parce qu’il n’avait pas à quitter le terrain ? Que le Maroc ait déposé une réserve pour réclamer une sanction contre son adversaire, quoi de plus normal, puisque les textes l’y autorisent ? En un mot, Sénégal ou Maroc, on s’en « gnagne » (on s’en fout). Que le Maroc gagne ou perde, que le Sénégal soit débouté ou non, franchement, cela ne nous fait ni chaud ni froid. Sauf qu’il est bon de noter qu’un match se gagne aussi bien sur le terrain que sur le papier. Et qu’une victoire n’est définitive que lorsqu’elle a été homologuée par l’une des instances juridictionnelles compétentes.
Autant le Maroc a eu raison de saisir la commission d’appel de la CAF, autant le Sénégal a aussi raison de saisir le TAS. Dans les deux camps, les cœurs battent Tla chamade. Un AVC n’est pas loin, à Dakar comme à Rabat. Mais, à moins d’un cataclysme, le TAS ne devrait pas destituer le Sénégal. Car, si le jury d’appel de la CAF s’est appuyé sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN pour sanctionner le Sénégal, le TAS pourrait, de son côté, user des dispositions contenues dans les Lois du jeu, notamment la Loi 5, traitant de l’autorité de l’arbitre et de ses pouvoirs et devoirs. D’autant plus que, si l’article 82 du règlement de la CAF évoque la sortie du terrain d’une équipe, il est cependant muet sur le cas du retour de cette même équipe sur l’aire de jeu pour reprendre la partie. En revanche, la Loi 5, selon l’IFAB, le gendarme des 17 lois du football, stipule que l’arbitre a toute l’autorité nécessaire pour veiller à l’application des Lois du jeu. Comme quoi, il peut décider d’accepter ou de refuser le retour d’une équipe sur le terrain. Dans la même veine, il est précisé que les décisions de l’arbitre doivent toujours être respectées. Enfin, l’arbitre peut décider de laisser le match se poursuivre, de l’interrompre, de le suspendre ou de l’arrêter définitivement en fonction de la gravité de l’incident. Si l’arbitre est l’autorité suprême, dans ces conditions, pourquoi lui dénier le droit d’accepter le retour d’une équipe après son retrait ? Le match a été repris. Le penalty a été exécuté… et raté. Le Sénégal a inscrit le but victorieux. Et l’arbitre a sifflé la fin du match. Où est donc le problème ? À chacun ses oignons. Et le problème du foot ivoirien est la CM qu’il prépare.
Une élection également à organiser. Voilà pourquoi, nous restons focus sur nos débats locaux. Car, notre football ne peut plus continuer à baigner dans une gestion opaque, où la gabegie et le népotisme ont pignon sur rue à l’avenue Christiani. Où également un coach « oublie » un attaquant en pleine forme sous prétexte d’une forte concurrence à son poste, avant de courir le supplier de revenir. Tic-tac, tic-tac… l’horloge tourne. Et septembre n’est plus très loin.
Kambiré Elie