Le beurre et l’argent du beurre

C’est fait ! Le président Yacine Idriss Diallo a bouclé ses 4 ans à la tête de la FIF. La fête a été sobre. Puis, le Comex a coupé le gâteau et sabré le champagne, un « Ruinart Blanc de Blancs », pour célébrer ces « noces de coton ». Élu le 23 avril 2022, le mandat d’Idriss Diallo a statutairement pris fin depuis 96 heures. Il est désormais un président intérimaire. Tout le reste n’est que « gouassou » à cause du Mondial. Mais comme le temps passe vite ! En effet, qui aurait cru que ces 4 années se seraient écoulées à la vitesse grand « V » ? Et qu’à une exception près, la quasi-totalité des acteurs d’hier serait encore là pour un remake du scrutin de 2022 ? Le temps est l’autre nom de Dieu, aime-t-on dire. À juste titre. Quatre ans après le scrutin de 2022, les 81 membres actifs seront de nouveau appelés aux urnes pour dire « stop » ou « encore » à Y.I. Diallo.

La prochaine AG ordinaire, prévue sans doute pour fin mai, devra arrêter la date et le lieu de l’AG élective à venir. Sauf changement, celle-ci devrait se tenir en septembre. Mondial 2026 oblige, les dirigeants devraient faire une union sacrée pour accompagner les Éléphants vers une Coupe du monde réussie, avant de solder leurs comptes. Et Dieu seul sait qu’il y en a. D’autant plus que si les quatre ans du calife sortant ont mis son fan-club dans du beurre, ce n’est pas le cas pour la plupart des clubs, ni même pour certains membres de son COMEX, restés des laissés-pour-compte du système YID. Ils n’ont bénéficié que d’une portion congrue dans cet océan de richesse dans lequel baignait une très petite coterie proche du « Prince ». En réalité, si la face visible de l’iceberg de la gouvernance YID a pu faire croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, la face cachée révèle tout autre chose : un COMEX miné par de profondes divisions internes, nées le plus souvent d’une accumulation de frustrations, de griefs ou même d’incidents mineurs, longtemps stockées dans le cœur de la plupart de ses soutiens d’hier.

Depuis la fin du mandat statutaire d’Idriss Diallo, le football ivoirien s’est installé dans une sorte de transition. Bien évidemment, en tant que président sortant, il devra expédier les affaires courantes jusqu’au prochain scrutin. Ceci étant, à l’Ouest, rien de nouveau. Pourquoi ? Parce que la candidature du locataire de la « Maison de verre » était connue d’avance. Il l’a lui-même annoncée sur une chaîne de télévision privée. Et son bilan continental plaide pour lui. Ce n’est donc pas un hasard si, lors de la fête de l’indépendance à Grand-Bassam, il a tenu à défiler avec « sa Coupe », autrement dit le trophée continental remporté à domicile en 2023. Pour cela, notre bien-aimé président s’est même offert le luxe de snober les deux principaux artisans de ce sacre : le sélectionneur Faé Emerse et le capitaine Max Gradel. Aurait-il voulu montrer que c’est lui le héros de ce triomphe qu’il ne s’y serait pas pris autrement.

Après tout, il a rejoint au panthéon de l’histoire Dieng Ousseynou et Sidy Diallo, ses devanciers vainqueurs de la CAN en 1992 et 2015. Autant dire qu’il a la légitimité de postuler à sa propre succession. Et, sauf miracle, il devrait annoncer officiellement sa candidature aux 162 délégués qui prendront part à l’AGO de la FIF fin mai prochain. Une telle option lui permettrait de prendre de vitesse son premier vice-président, Malick Tohé, dont la candidature ne circule plus sous le boisseau. Ce faisant, YID plongerait son principal challenger dans un profond embarras. Alors, question : que fera Malick Tohé dans ces conditions ? Va-t-il, dans la foulée, se déclarer candidat ? En principe, le bon sens voudrait qu’il le fasse. À moins qu’il n’ait décidé d’attendre après le Mondial, histoire de ne pas exacerber les tensions et d’éviter d’entraîner le football ivoirien dans une crise ouverte au lieu de préparer sereinement « United 2026 ». En tout cas, la balle est dans son camp. C’est à lui de trouver le bon timing pour se déclarer candidat. Le dilemme est là. Car, qu’il saute du navire avant ou après la Coupe du monde 2026. Toujours est-il qu’il est comptable du bilan d’Idriss Diallo.

Cependant, s’il démissionnait avant « United 2026 », il enverrait ainsi un signal fort aux clubs qui le soutiennent, ainsi qu’à ceux qui doutent encore de sa capacité à aller jusqu’au bout de sa décision de candidater. Toujours est-il que tic-tac, l’aiguille de la montre tourne. MT doit se décider à rompre les amarres avec YID pour se jeter à l’eau, mais aussi éviter les chausse-trappes qui seront placées sur sa route. Il a déjà échappé à un premier piège consistant à le nommer directeur de campagne du président sortant. Son sixième sens lui a permis d’éviter ce traquenard. Ceci étant, après avoir cédé une première fois en faisant la passe à YID, il est évident que MT ne commettra pas la même erreur une seconde fois.

On se souvient qu’en 2022, il s’était retiré sous la pression politique au profit d’Idriss Diallo, qui lui avait promis de ne faire qu’un seul mandat et de lui céder le témoin. Sauf que YID n’a plus l’intention de respecter sa parole. « Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer. » Un ancien chef d’État français disait : « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent », dixit Jacques Chirac. Il n’avait pas tort. Quoi qu’il en soit, que ce soit maintenant ou plus tard, MT devra faire un choix. Quitter le navire maintenant, juste après l’AGO de fin mai, serait un message fort envoyé au camp YI Diallo. Lui montrer que cette fois-ci il ira jusqu’au bout. D’autant plus que le beurre et l’argent du beurre ne vont pas toujours de pair.

Kambiré Elie

A lire aussi