Gros naufrage au pays de l’Oncle Sam

Ça, on le savait. La Coupe du monde brûle. Et n’arrive pas au bout du tunnel qui veut. L’Afrique l’a appris à ses dépens. La FIFA lui a octroyé dix places à ce Mondial. Mais elle n’a pas su les capitaliser comme il se doit ni prouver à ses détracteurs que son football a fait un bond en avant. Certes, dans le jeu, l’Afrique a parfois tenu la dragée haute à ses homologues européens et sud-américains.

Certes, techniquement et tactiquement, elle n’a pas non plus donné l’impression d’être à des années-lumière de retard sur l’Europe et l’Amérique du Sud. Mais, en termes de résultats,
les fruits n’ont malheureusement pas tenu la promesse des fleurs. Car un seul, parmi son contingent de dix représentants, a atteint les quarts de finale : le Maroc, bien entendu. Quoiqu’éliminé par les Bleus (0-2), il aura été
le digne porte-étendard du football africain.

Pour autant, faut-il voir dans la seule qualification du Maroc en quarts de finale un net recul du football africain ou conclure plutôt à une stagnation de ce football-là ? Recul, oui.
Stagnation, aussi. Car le football africain, à travers le Maroc, n’a pas atteint le carré final comme au Qatar en 2022. N’empêche que l’Afrique doit une fière chandelle au Royaume chérifien pour son parcours jusque-là. Car, il
aura permis au continent de ne pas être totalement noyé dans ce Mondial nord-américain.

En un mot, le Maroc a sauvé la face du football africain. Pour le reste, le contingent africain aura connu des fortunes diverses dans cette CM. En effet, sur les 9 équipes qualifiées pour les seizièmes de finale, il n’y a eu que deux survivants : le Maroc et l’Égypte. Les sept autres
équipes africaines se sont fracassé le nez. Une véritable hécatombe. À ce niveau, si le Cap-Vert, révélation de ce Mondial, est tombé les armes à la main devant l’Argentine, tenante du titre, ce n’est pas le cas de certains ténors du continent, dont la Côte d’Ivoire et le Sénégal, sortis par la petite porte. Éliminés, qui plus est, par des adversaires largement à leur portée. Mention bien, donc, aux Requins Bleus. Car, pour un néophyte de la CM, le Cap-Vert a séduit par sa résilience et, surtout, montré une meilleure maîtrise collective dans le jeu que certains habitués de cette compétition.

Quid de l’Égypte ? Sniff, sniff, sniff ! Si près du but, le septuple champion d’Afrique a sabordé sa qualification historique pour les quarts de finale
d’une Coupe du monde. Et pour cause. Il aura beau accuser l’arbitrage supposément partisan du Français François Letexier, il ne pourra cependant pas s’exonérer de sa part de responsabilité dans la « Remontada »
argentine. Quelle bêtise ! C’est vrai, l’arbitrage brouillon et confus du juge français a peut-être influencé le résultat du match, notamment lorsque le second but des Pharaons n’a pas été validé pour une faute supposée, rattrapée
par la VAR au départ de l’action depuis le camp égyptien. Mais, cette sortie de route est avant tout la résultante de son incapacité à protéger
soigneusement et jalousement son avantage de deux buts, à une dizaine de minutes de la fin du match. Une telle faute, une si grosse erreur
stratégique dans la gestion d’un match à ce niveau de la compétition est impardonnable.

Ceci étant, vous en conviendrez avec moi : le bilan africain n’est pas fameux. Et s’il n’est pas catastrophique, il n’est pas bon non plus.
Car, seulement deux de ses dix représentants ont disputé les huitièmes de finale. Et seul le Maroc a atteint les quarts de finale. Il est vrai que comparaison n’est pas raison. Mais rien ne nous interdit de regarder ce que les autres Confédérations ont fait de mieux que nous. Et stupeur ! Le bilan famélique des autres confédérations, à l’exception de l’Europe, nous oblige à relativiser notre jugement sur le bilan africain.

Le constat est saisissant. L’AFC, c’est-à-dire la Confédération asiatique, n’a placé aucun de ses neuf représentants en quarts de finale. Seuls deux d’entre eux, à savoir l’Australie
et le Japon, se sont arrêtés en 16ès de finale. De même, les trois pays hôtes de cette Coupe du monde — le Canada, le Mexique et les
États-Unis —, issus de la CONCACAF, ont tous été recalés en 8èmes de finale.

Quant à la zone AmSud, hormis l’Argentine, tenante du titre, qui a atteint les 1/4 de finale, les deux autres qualifiés pour les 8èmes, le Brésil
et la Colombie, ont fait chou blanc. Autrement dit, sur les six équipes issues de l’Amérique du Sud, une seule est parvenue en quarts de finale. Bien entendu, l’Europe reste la grande gagnante de cette CM. Non seulement elle
a placé sept équipes parmi les huit meilleures nations de ce Mondial, mais elle est assurée d’avoir au moins trois représentants en demi-finales. Et peut-être deux en finale. Bon, avec un total de 16 places qui lui sont réservées,
c’est comme si la compétition avait été taillée sur mesure pour les équipes de l’UEFA. Peut-être que l’Afrique aurait fait mieux si elle aussi
avait bénéficié d’un plus grand nombre de places, comme l’UEFA. Sauf qu’elle aurait déjà mieux fait de rentabiliser celles qu’elle avait déjà sous la main. Ce qui n’a pas été le cas dans ce Mondial inédit à 48 participants.

Et, en termes de bilan, on ne peut pas dire qu’elle a quitté le tournoi la tête haute. Ni même par la grande porte, mais plutôt par la fenêtre. Car l’échec est là. Il est patent. Pourtant, en dehors de la seule Tunisie, dont le potentiel
n’avait vraiment pas le niveau pour être à ce Mondial, les neuf autres sélections disposaient d’un effectif suffisamment intéressant pour atteindre au moins les 8ès de finale, voire les quarts après les seizièmes. Sauf que, si certaines ont payé cash le mauvais coaching de leur sélectionneur, d’autres, en revanche, n’ont pas su négocier convenablement leur fin de
match. D’où l’échec. Et mat.

Kambiré Elie

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