CISKO, le fils de son père

Une fois n’est pas coutume. Laissons de côté nos bisbilles relatives au scrutin à venir et ses problèmes sous-jacents pour rendre hommage à un homme, un dirigeant de club et un passionné de football. Et ce, à la faveur de l’AG élective de l’Asec Mimosas, tenue la semaine dernière, qui aura débouché sur la « ré-ré-ré-ré-ré-ré-ré-réélection » de l’avocat-président, Me Roger Ouégnin, le cadet de Francis, pour un huitième mandat à la tête du club jaune et noir. En tout cas, le temps s’est écoulé. Énormément. Les années sont aussi passées. Beaucoup passées. Et pourtant, le visage de l’homme n’est pas encore tout à fait sillonné de rides. Même si FO a pris de la bouteille. Et pourtant, en dépit du poids des ans, disons de ses 78 piges bien sonnées, FO, puisque c’est de lui qu’il s’agit, « CISKO » pour ses intimes, est toujours resté égal à lui-même. Toujours fou de football. Les années se sont faufilées et, pourtant, sa passion pour le football est restée intacte. Elle n’a pris aucune ride, à l’instar de sa bonhomie naturelle. Pouvait-il en être autrement, d’autant plus que cette passion pour l’Asec, il l’a héritée aux premières heures de la création du club ? Quand son défunt paternel, François Adon Maurice Ouégnin, était le président de l’Asec de 1956 à 1960.

Autrement dit, cette passion pour le football et pour l’Asec de « CISKO » n’est forcément pas née ex nihilo. Il ne l’a pas non plus volée quelque part, entre quatre murs, dans le salon d’un quidam du quartier « Apollo » de Treichville. Et si l’aîné de l’avocat-président est toujours resté le passionné de football que l’on connaît, l’amoureux de l’Asec que l’on sait et le fanatique du club Mimos qu’il a toujours été, n’est-ce pas parce qu’il est le fils de son père ? D’ailleurs, qui mieux que son géniteur pouvait lui inoculer le « venin » de la passion pour son club ? Justement, le père Ouégnin faisait partie de cette intelligentsia du football ivoirien qui a porté sur les fonts baptismaux la Fédération ivoirienne de football, le 21 août 1960. Et ce, au terme d’une AG constitutive tenue aux Anciens Combattants de Treichville.

Et si Germain Coffi Gadeau en a été le premier président, le père des Ouégnin, lui, en était le dépositaire-comptable au sein de ce premier Bureau fédéral. Dans la foulée, donc, de la réélection de Me Ouégnin à la tête de l’Asec, l’occasion nous a semblé indiquée pour rendre un hommage mérité à celui qui est aujourd’hui le vétéran du football ivoirien. D’autant plus que « CISKO » est désormais le doyen des doyens de tous les dirigeants encore en fonction. Depuis plus de cinq décennies, l’aîné de Me RO est l’incarnation même de cette race de dirigeants qui a fait du football sa seconde épouse — bien entendu, après ma petite sœur Brigitte. Le père lui a transmis cette passion.

Et « CISKO » l’a entretenue, si bien entretenue qu’il l’a, à son tour, transmise à son cadet, auprès de qui il joue désormais le second rôle. Et pourtant, l’homme a toujours été un dirigeant influent de la section football pendant plus d’une décennie. Quoi qu’il en soit, de Touré Mamadou à Victor Ekra, en passant par Claude Andoh et Michel Ahoua Kangah, « CISKO » a connu des hauts et des bas avec l’Asec L’homme a aussi vu défiler sous ses yeux plus de dix générations de footballeurs Mimos. Et ce, depuis les Konan Yoboué, Bazo Christophe, Santos Brown, Bouazo Valentin, Laurent Pokou, en passant par les Bawa Paul, N’Diaye Aboubacar, Youssouf Fofana, Kassi Kouadio, Ben Badi, bref, jusqu’à la génération des Académiciens. Il a même été à l’initiative de la toute première biographie consacrée à la légende du football ivoirien, Laurent Pokou, intitulée « Laurent Pokou : l’homme d’Asmara ». Un excellent ouvrage coécrit par deux journalistes français, Igor Follot et Gérard Dreyfus. On se rappelle aussi qu’en 1979, CISKO est celui-là même qui a fait venir à Abidjan le grand club français de l’AS Saint-Étienne, venu participer au tournoi dont il était l’organisateur : « ID ». Le CSKA Sofia de Bulgarie, le Hafia de Guinée et l’Africa Sports faisaient partie des clubs invités à ce tournoi joué au stade Félix-Houphouët-Boigny. Autant dire que l’époux bien-aimé de Brigitte a non seulement été un acteur actif de la vie footballistique ivoirienne, mais qu’il reste aussi une véritable bibliothèque du football ivoirien. Le temps a passé. Car, depuis 37 ans, le bouillant FO évolue dans l’ombre de son cadet, Me Ouégnin.

Et même si la flamme ne s’est pas éteinte- puisqu’il n’a jamais raté, jusqu’à aujourd’hui, un seul match de son club-, elle n’est cependant plus aussi flamboyante qu’elle l’était jadis. En lisant justement cette chronique, « CISKO » se souviendra sans doute de son fameux attaquant vedette congolais, Possokaba et du milieu Bassimba Eric dont il a contribué au transfert à l’Asec en 1998. On ne saurait également passer sous silence, sa gifle magistrale administrée à JM Guillou en 1984, quand le technicien français était venu lui piquer à Abidjan celui qu’il considérait comme son bijou : Youssouf Fofana. Et si Me RO restera à jamais dans le cœur des Actionnaires comme l’architecte et le bâtisseur de l’ASEC Mimosas des temps modernes, FO, l’aîné, lui, demeurera aussi à jamais le gardien du temple Mimosas. Et même mieux : il est l’âme de ce club. Au propre comme au figuré. Et si l’Asec peut se passer de CISKO, lui, par contre, ne peut pas se passer de l’ASEC. Après tout, n’est-il pas le fils de son père ? Oh que oui !

Kambiré Élie

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