Droit au but : Éléphants, circulez, il n’y a rien à dire

La Côte d’Ivoire a refermé sa série de trois matches de la fenêtre FIFA par une défaite. Elle s’est inclinée devant le Cameroun, samedi à Ebimpé : 1-0. Une contre-performance qui fait mal. C’est vrai. Elle nous met même les boules. Pour autant, faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Ou encore faut-il voir le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein ? Sauf que le constat est là, implacable. La Côte d’Ivoire a pris 6 points en deux matches. Elle trône à la première place de son groupe C avec 6 pts et une différence de buts de +4, contre 6 pts et +3 pour sa dauphine, la Gambie. Et ce, dans la course à la qualification pour la CAN 2027. Mais, bien avant cela, les Éléphants avaient réussi un sans-faute : 2 matches, 2 victoires, après avoir disposé, tour à tour, du Ghana à Bouaké (2-0) et de la Somalie à Abidjan (2-0). Ça, c’est pour le calcul mathématique de la CAN 2027. Leur troisième match, dans cette fenêtre FIFA, était un match amical. Un simple test qui entre, en principe, dans une revue de troupe. Histoire de voir en situation de jeu ceux que les titulaires ont affectueusement affublés du sobriquet de « coiffeurs ». Autrement dit, les remplaçants. Seulement voilà. La courte défaite de samedi face aux Lions indomptables du Cameroun est venue briser la belle dynamique enclenchée par les débuts en fanfare du nouveau sélectionneur, Hervé Renard, à la tête de la sélection nationale.

Et les mauvaises langues se sont aussitôt empressées de faire le procès de Renard, feignant d’oublier que, pour ce match test, le double vainqueur de la CAN 2012 et 2015 avec la Zambie et la Côte d’Ivoire a pris le risque d’aligner son équipe B. Laissant sur le banc ses meilleures cartouches. A-t-il bien fait d’aligner une équipe B pour affronter un adversaire au pédigrée qui inspire respect et crainte sur le continent, car quintuple champion d’Afrique ? Il a fait un choix. Et nous devons le respecter. Toujours est-il que cette défaite n’a aucune incidence sur le rang des Éléphants au classement de leur groupe C. Et pendant que la Côte d’Ivoire trône en tête de son groupe, d’autres cadors du continent triment. Notamment le Ghana et le Nigeria. Le premier a encaissé un 2-4 à domicile face à la Gambie et compte zéro point. Le second, étrillé par la Guinée-Bissau (0-3), occupe la deuxième place de son groupe avec 3 points et une différence de buts de -2. Plutôt que de tirer à boulets rouges sur HR à cause de cette défaite, nous devons plutôt lui délivrer un brevet d’encouragement pour ces deux premiers résultats flatteurs.

Sauf que c’était sans compter avec certains esprits meurtris ou oiseaux de mauvais augure, spécialistes des procès en sorcellerie, qui ont choisi, d’un côté, d’agiter le chiffon rouge de la critique facile à l’encontre de Renard et, de l’autre, de brandir l’étendard de la révolte en menant une bataille par procuration qui ne dit pas son nom. Une façon déguisée, pour eux, de contester le choix du Français au détriment d’un fils du pays. Un nationalisme à deux balles dont nous ne sommes pas preneurs. Comme s’ils ignoraient que la compétence d’un sélectionneur ne se juge pas à la couleur de sa peau, mais aux résultats de son travail sur le terrain. C’est par son talent, son vécu et son savoir-faire à hisser une équipe de bras cassés ou de manchots au sommet de la pyramide que l’on juge un technicien du football. Parce que, jusque-là, on n’a pas trouvé de meilleur baromètre ou indicateur pour apprécier un bon entraîneur d’un mauvais, que les résultats sportifs acquis sur le terrain. À cet effet, si une défaite en match amical devait être le seul indicateur pour jauger la compétence d’un sélectionneur, la France se serait alors séparée de Didier Deschamps à la veille du Mondial 2026, puisque les Bleus se sont inclinés au Stade de France devant les Éléphants : 1-2.

Justement, en choisissant d’aligner une équipe B contre le Cameroun, HR a sans doute voulu faire tourner son effectif. Et c’est là tout l’objectif des matches amicaux. D’ailleurs, par essence, un match test est un outil de travail pour tout entraîneur. Cela lui permet de procéder à une revue de troupe, d’effectuer des réajustements tactiques et de voir en situation de jeu certains joueurs qui ne sont souvent pas titularisés. Et si on ne l’a pas compris, alors tant pis. Puisque le résultat, en dehors, bien entendu, du classement FIFA—qui revêt un caractère plutôt honorifique— n’a aucun impact sur la position d’une équipe au classement de son groupe. La défaite face au Cameroun est donc plus un épiphénomène qu’autre chose. Au demeurant, disons plutôt merci à Renard de nous avoir permis de voir Zabi, la « Magie », à l’œuvre. Zabi a sans doute compris qu’entre le maracana, où il excelle dans le freestyle, et le grand terrain de football, le fossé est énorme. Il doit donc encore travailler pour prétendre devenir un Yaya Touré.

Deuxième leçon de ce match test : la Côte d’Ivoire n’a toujours pas de grands attaquants de pointe. Car ni Elye Wahi ni Ange-Yoan Bonny ne sont à la hauteur des attentes. Et c’est là le maillon faible de l’équipe de Renard. Même à deux face au Cameroun, ils ont montré leurs limites. Et ce, en dépit des amours de ballon de Yan Diomandé. En un mot, la Côte d’Ivoire est à la recherche d’un « tueur », à la Ben Badi ou à la Drogba. Pour le reste, il n’y a pas le feu à la demeure. Et cette défaite face au Cameroun n’a vraiment pas de quoi fouetter un chat. Même pas un minou. Donc, circulez, il n’y a rien à dire.

Kambiré Elie

A lire aussi