Tsunami dans un verre… d’eau

Une polémique vaine et malsaine, sans queue ni tête, s’est emparée de la Toile depuis la publication, le 6 octobre dernier, de la liste des dix conseillers spéciaux (CS) du président Yacine Idriss Diallo. Selon le prétexte fallacieux avancé par ses nouveaux procureurs de la morale républicaine, cette liste n’aurait pas respecté la diversité telle qu’ils la conçoivent. L’accusation ainsi portée, sans la moindre concession, il ne restait donc plus qu’à conduire le 13e président de la FIF tout droit à la guillotine, à lui couper la tête hic et nunc et illico presto ! Mais que diantre ! Qu’est-ce qui peut bien justifier cette soudaine levée de boucliers, voire l’intrusion brutale de ces pseudo-défenseurs de la diversité dans une affaire purement footballistique ?

Autant mettre les points sur les « i » : le football ivoirien n’a jamais fait de la discrimination son cheval de bataille. Alors, d’où vient-il que certains esprits biscornus, pervers et vicieux veuillent nous entraîner dans un débat qui n’a véritablement pas lieu d’être, voire nous l’imposer ? Un non-événement, en somme. Une petite tempête, voire un tsunami, dans un verre d’eau. Au demeurant, il est regrettable et déplorable que la désignation de ces 10 CS ait déclenché, à tort, une vague d’indignation aussi vaine qu’infondée. En sus, ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un président de la FIF choisit ses CS sans avoir à se justifier auprès de qui que ce soit. Ni D. Ousseynou, ni JB Anouma, ni Sidy Diallo, pour ne citer que ces trois prédécesseurs de YI Diallo, n’ont été traînés devant le tribunal des flagrants délits au motif qu’ils n’auraient pas tenu compte des équilibres régionaux dans le choix de leurs conseillers ou qu’ils auraient fondé leurs choix sur un communautarisme notoire. Mais ce n’est un secret pour personne: tout président, quel qu’il soit, dispose, dans le cadre de ses prérogatives, d’un pouvoir discrétionnaire lui permettant de choisir qui il veut comme « conseiller spécial », et ce, sans l’interférence ni l’ingérence de qui que ce soit.

Alors, d’où vient-il que ce qui était acceptable hier ne le serait plus aujourd’hui ? Est-ce parce que le président de la FIF s’appelle Idriss Diallo que ses CS ne devraient pas s’appeler Oumar, Ali, Vié et nanani nanana ? Mais plutôt Digbeu, Kouassi, Assi, Oulaï et patati et patata, histoire de respecter un soi-disant équilibre régional que certains tentent maladroitement d’imposer au ballon rond. À l’analyse, si les choix de Dame Diakité Malika, épouse Tanny, et, dans une moindre mesure, du magistrat Moumouni Sylla, ex-directeur de cabinet du ministre Albert Amichia et ex-président du COCAN, peuvent relever de considérations affectives, ce n’est pas nécessairement le cas pour les autres. En effet, YID a sans doute tenu compte de certaines considérations économiques, d’autant plus que 8 de ses 10 CS sont ; soit des opérateurs économiques, soit des personnalités occupant des postes clés au sein de l’administration financière publique.

Ce n’est donc pas un pur hasard s’il s’est attaché les services du DG d’Orange Côte d’Ivoire, Mamadou Bamba. Qui, parmi nous, ignore le rôle joué par cette société de téléphonie mobile dans le développement du football ivoirien à une certaine époque ? Orange a sponsorisé la Ligue 1 et les Éléphants. Il en va de même pour la LONACI, avec son directeur général, Dramane Coulibaly, ainsi que pour la CGRAE, dirigée par Berté Aboudramane. Il convient également de mentionner Pierre Billon, du groupe SIFCA. Comme quoi, YID a fait la part belle aux opérateurs économiques susceptibles de lui apporter une plus-value sur le plan financier. Dès lors, vouloir réduire ses choix à une simple grille de lecture identitaire relève franchement d’une profonde méconnaissance du milieu du football. Il s’agit là d’un véritable faux procès. Cela dit, il serait bon de rappeler à tous ces nouveaux censeurs de la morale publique, qui ne cessent de hurler au crime de lèse-diversité, que la gouvernance d’une fédération ne se gère pas au quota, mais au mérite et sur le choix de personnes passionnées et amoureuses du football.

De même, si le football a souvent eu besoin du politique pour faire face aux charges financières inhérentes à son fonctionnement, il a cependant su, fort heureusement, préserver son indépendance en matière de gouvernance. Cette liberté d’agir, cette indépendance le football a toujours su les revendiquer, hier comme aujourd’hui, parfois au prix de son existence, voire de sa vie. Ce n’est donc ni aujourd’hui, ni demain, ni même après-demain qu’il vendra son âme au diable en acceptant cette immixtion du politique dans ses choix sportifs. Il choisit comme il veut. Et qui il veut. Même si ses choix vont uniquement vers Koné, Oumar, Alassane, tant pis. Ce n’est que pure coïncidence. À bon entendeur… Ceci étant, d’un point de vue strictement personnel, le Boukani ne saurait faire preuve d’ingratitude en ne rendant pas à Tohé ce qui est à Diallo. En effet, pour la première fois de l’histoire de la FIF, le pays lobi est valablement représenté au sein du COMEX de la FIF, la plus haute instance dirigeante du foot ivoirien, par deux de ses illustres fils : le professeur de médecine Dah Cyril et le directeur général des Marchés publics (DGMP), Youl Sansan François. C’est le Boukani qui joue au foot. Merci à Diallo. Ou plutôt à Tohé ! Bon, ne cherchons plus palabre : merci aux deux ! Ce n’est pas fini…

Kambiré Élie

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