Compétitions interclubs : Clubs Ivoriens, une élimination qui interroge

Quatre représentants engagés, quatre éliminations et aucun qualifié pour la phase de groupes. L’ASEC Mimosas, le FC San Pedro, l’AFAD du Plateau et le CO Korhogo ont tous quitté les compétitions interclubs de la CAF au 2e tour préliminaire. Une débâcle collective qui remet sur la table la préparation des clubs, la qualité des effectifs et le poids des moyens financiers face aux formations du Maghreb. Le football ivoirien est tombé de haut. En l’espace d’un week-end, les espoirs de 4 clubs se sont envolés, laissant la Côte d’Ivoire sans représentant en Ligue des champions ni en Coupe de la Confédération. Le scénario est d’autant plus difficile à accepter que les matches aller avaient entretenu l’espoir.

Le FC San Pedro avait gagné (2-1), l’ASEC Mimosas et l’AFAD du Plateau avaient obtenu un nul (1-1), tandis que le CO Korhogo avait partagé les points sans but (0-0). Une victoire et trois matches nuls : les quatre formations conservaient leurs chances avant les retours. Mais le dénouement a été brutal. Trois clubs ont été éliminés à l’extérieur. Le FC San Pedro a perdu en Mauritanie face à Nouadhibou (0-2), l’AFAD s’est inclinée sur le terrain du CS Sfaxien (0-1) en Tunisie, et le CO Korhogo a cédé devant l’AS FAR (1-2), au Maroc. A Abidjan, l’ASEC a connu une désillusion supplémentaire. Après avoir arraché un nul (1-1) au Maroc, le champion ivoirien s’est incliné face au MAS de Fès (1-2), encaissant le but décisif dans le temps additionnel. Quatre revers au retour, quatre éliminations. Cette sortie collective rappelle la saison 2020-2021, dernière campagne où aucun club ivoirien n’avait atteint les phases de groupes. La Côte d’Ivoire avait retrouvé 2 représentants à ce stade en 2025, avec l’ASEC et le Stade d’Abidjan. En 2026, les quatre engagés n’avaient déjà pas tous franchi les obstacles préliminaires : l’ASEC avait été éliminée dès le premier tour, tandis que trois autres clubs avaient poursuivi leur parcours.

Au final, le FC San Pedro s’était qualifié pour la phase de poule. Le zéro pointé de 2026-2027 fait donc tâche. Il souligne la difficulté à transformer les ambitions nationales en résultats continentaux. Mais il faut rappeler que cette hécatombe intervient ans un contexte où le championnat local a tardé à reprendre. Prévu officiellement pour reprendre le 27 août dernier, la Ligue 1 et la Ligue 2 ont repris le 25 septembre. « Après le match d’aujourd’hui (ndlr : supercoupe Félix Houphouët Boigny), il n’y a plus rien jusqu’au 25 septembre. Vous voyez la différence qu’il y a entre le match d’aujourd’hui et le début du championnat. Que faut-il faire ? Faut-il mettre les joueurs au repos ou poursuivre les entraînements avec les joueurs, au risque de casser certains d’entre eux », s’était déjà interrogé Komara Yacouba, l’entraîneur adjoint du COK après le report du championnat.

Les clubs ivoiriens ont ainsi abordé leurs campagnes continentales avec moins de rencontres dans les jambes que leurs adversaires potentiels. Certes, les représentants ivoiriens avaient réussi à franchir le premier tour préliminaire malgré cet écueil. Mais le fait est que ces qualifications avaient été acquises face à des adversaires sans pedigree sur la scène continentale (East End Lions de la Sierra Leone, AS Kozah du Togo, AS PSI du Tchad et Rivers United du Nigeria). La reprise tardive n’est pas une explication absolue, mais elle pose une question de fond : comment demander à nos clubs d’être immédiatement compétitifs sur le continent quand leur préparation officielle a été tronquée ? Au-delà de la déception, cette élimination invite à s’interroger sur la construction des effectifs des clubs ivoiriens. Les profils recrutés répondaient-ils réellement aux besoins ? Les clubs ont-ils suffisamment anticipé les exigences des coupes africaines ? Tenez le cas de l’Asec Mimosas et du MAS Fès par exemple ? Le contraste est saisissant.

Sacré champion du Maroc en juillet 2026, le MAS Fès a bénéficié d’une prime de championnat de 6 millions de dirhams, soit environ 360 millions de FCFA. À cette somme se sont ajoutées des aides exceptionnelles de 18 millions de dirhams annoncées par les collectivités locales de la région de Fès-Meknès. Ces montants donnent une idée de l’environnement financier dans lequel évolue le champion marocain. L’ASEC, de son côté, doit se contenter d’une prime de 20 millions de FCFA pour son sacre national. L’écart est considérable. Que dire alors des autres adversaires des clubs ivoiriens ? Porté par le soutien institutionnel des Forces Armées Royales, l’AS FAR figure parmi les clubs les plus solides financièrement de la Botola Pro marocaine. Son budget estimé à 9 milliards de francs CFA. Le CS Sfaxien, lui, a un budget qui tourne entre 1,2 et 1,5 milliards de francs CFA malgré qu’il fait face à une dette de plus de 2 milliards en raison de plusieurs litiges. Enfin, le FC Nouadhibou s’appuie sur un budget d’environ 700 millions de francs CFA grâce notamment aux primes de qualification consécutives versées par la CAF pour ses récentes qualifications en compétitions interclubs. Bref, le déséquilibre économique entre une partie des clubs du Maghreb et ceux d’Afrique subsaharienne pèse donc forcément dans la balance.

Des budgets plus importants permettent de recruter des joueurs confirmés, de conserver les meilleurs éléments et d’offrir davantage de stabilité aux projets sportifs. Mais l’argent ne fait pas tout : il doit être investi avec méthode. Sans recrutement cohérent, sans continuité dans le travail et sans stratégie sportive claire, même un budget confortable peut être mal exploité. La réponse ne peut pas reposer uniquement sur une meilleure préparation avant les tours préliminaires. Elle suppose aussi une réflexion sur le calendrier national, la politique de recrutement, la conservation des meilleurs joueurs et les ressources financières des clubs.

Coulibaly Abdoulaye

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