Ligue 1 : l’hécatombe

La saison 2026-2027 s’est ouverte sans tambour ni trompette. Et la compétition étalon de notre football, le championnat, fait son petit bonhomme de chemin. Non pas, peut-être, sur des chapeaux de roue, mais cahin-caha. Sauf que notre Ligue 1 est aujourd’hui à la rue. Elle a expressément donné le bâton à ses détracteurs pour se faire rosser copieusement. La raison ? La sortie de route inadmissible et intolérable de ses quatre pensionnaires engagés en coupes africaines, et ce, dès le deuxième tour des préliminaires. L’Asec Mimosas a mordu la poussière dans son propre jardin, le « Félicia », c’est-à-dire là où, en 1998, elle a remporté sa première Ligue des champions. Sauf qu’entre l’Asec d’un passé glorieux, qui nous a habitués à un jeu bien léché baptisé « les enfants s’amusent », et celle craintive et apeurée que nous avons vue dimanche dernier face au FES du Maroc, c’était le jour et la nuit. En effet, un océan de savoir-faire et de maîtrise collective séparait les deux Asec. La première s’écrivait avec un A majuscule, tandis que la seconde s’écrivait avec un a minuscule. Toute la différence est là. D’autant plus que jamais, au grand jamais, l’Asec de jadis n’aurait réquisitionné tous les bus de la SOTRA pour les disposer devant la cage de son gardien, Folly Ayayi, et ce, pendant au moins 80 minutes. Cet Asec-là n’a commencé à jouer qu’après avoir encaissé le but marocain. Sauf qu’après avoir obtenu l’égalisation, elle est retombée dans ses travers. Entre attaquer et défendre, les Mimos ne savaient plus que faire. Résultat des courses ? Ils se sont fait piéger dans le temps additionnel. Bref ! Le champion ivoirien avait là un bon coup à jouer, mais il n’a pas su prendre la partie par le bon bout. Il a laissé à son adversaire la liberté de jeu.

Le FES a donc joué à Abidjan comme s’il était dans son propre jardin. Or, le « Félicia » est celui des Mimos. En un mot comme en cent, l’Asec a tout simplement payé cash la mauvaise stratégie de son entraîneur. Un mauvais coaching, en somme. Et même s’il n’est pas l’unique fautif de cette débâcle, il n’en demeure pas moins le premier responsable. Vous l’aurez compris : sniff, sniff et sniff ! Mais sortez les mouchoirs et pleurez à chaudes larmes, car ce fut un week-end noir pour le football ivoirien. Un désastre ! Il y a longtemps que le football ivoirien n’avait pas vécu pareil calvaire: 4 clubs engagés et 4 éliminés dès les préliminaires. Une véritable hécatombe ! Un vrai fiasco ! Le dauphin des Mimos, le FC San Pedro, n’a pas fait mieux lors de son déplacement à Nouakchott. Éliminé par qui ? Le FC Nouadhibou de Mauritanie, une équipe au passé moins glorieux que le sien sur la scène continentale. En effet, celle-ci n’a atteint la phase de groupes de la C2 qu’une seule fois, en 2019-2020.

Or, le club ivoirien peut, lui, se targuer d’avoir disputé cette phase de groupes à deux reprises. Sniff, sniff, sniff ! La Ligue 1 est donc sortie bredouille de la C1. Elle n’a non plus pas fait mieux en Coupe de la Confédération. En effet, la campagne de l’AFAD s’est également achevée en eau de boudin. Le club a, lui aussi, payé cash son manque d’efficacité et de réalisme en attaque, aussi bien à Abidjan qu’à Sfax, en Tunisie. Bon, si les trois habitués des joutes continentales sont piteusement et platement sortis de la compétition, que pouvait-on donc attendre d’un novice comme le CO Korhogo ? Pas grand-chose. Ou peut-être un petit miracle lors de son déplacement à Rabat. Mais, hélas, la surprise du chef n’est pas venue du Maroc, et les FAR se sont imposés sur le fil.

N’empêche que le club de la cité du Poro est tombé les armes à la main. Mais peu importe ! Puisqu’aussi bien en C1 qu’en C2, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. En effet, la L 1 est sortie bredouille de cette campagne. Elle n’a placé aucun de ses 4 pensionnaires en phase de groupes, ni en C1 ni en C2. Cela dit, une fois que nous aurons fini de verser un torrent de larmes après cette déconvenue inadmissible de nos clubs en Coupes africaines, une question fondamentale mérite d’être posée: pourquoi les clubs ivoiriens peinent-ils aujourd’hui à être compétitifs à l’international ? De quoi souffre exactement notre football domestique pour que les campagnes continentales de ses représentants se terminent en eau de boudin depuis plus d’une dizaine d’années ? Petite piqûre de rappel: le football ivoirien a su jouer collectif pour rafler plusieurs trophées continentaux dans les années 1990 : la CAN 1992, la C1 en 1998, la C2 en 1992 et 1993, la Coupe de la CAF en 1993, ainsi que deux Supercoupes, en 1993 et 1999. Or, depuis lors, plus rien.

La raison ? Le fossé entre l’équipe nationale et les clubs s’est creusé, obligeant ainsi le football ivoirien à évoluer à deux vitesses. D’un côté, une vitrine, l’équipe nationale, qui performe- avec une CAN remportée et 4 qualifications à la Coupe du monde- et, de l’autre, zéro pointé. Sinon que les clubs tirent le diable n’ont plus par la queue, mais par le cou. Jamais le fossé entre la sélection nationale et les clubs n’a été aussi criant. Pour tout dire, le foot ivoirien est à la croisée des chemins. Les questions relatives à son attractivité et à sa compétitivité s’entremêlent sans pour autant trouver de réponses. Or, le problème est capital, voire crucial. Sauf que personne ne semble détenir la solution: ni les clubs, producteurs de spectacle, ni la fédération, organisatrice de ce même spectacle, encore moins le citoyen lambda. Alors, que faire ? Sinon attendre Godot. Pendant ce temps l’hécatombe se poursuit.

Kambiré Élie

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