CAN 2025 : Les 6 péchés capitaux de Faé Emerse

A peine rendue publique, la liste des 26 Éléphants retenus pour la prochaine Coupe d’Afrique des nations suscite déjà de vives interrogations. À la recherche d’un doublé historique après le sacre de 2023, Faé Emerse a fait des choix forts. Peut-être trop. Entre absences difficiles à justifier, retours inattendus et paris risqués, cette sélection donne le sentiment d’une équipe construite sur des incohérences plus que sur une continuité logique.

Se priver d’explosivité et d’expérience

Les absences de Nicolas Pépé et de Simon Adingra constituent sans doute le cœur du débat. Difficile d’oublier leur rôle central dans la CAN remportée par la Côte d’Ivoire. Pépé, c’est l’homme qui relance les Éléphants face au Sénégal, celui qui, même sans marquer, martyrise les défenses adverses par ses appels et ses prises de balle. Aujourd’hui, il réalise un début de saison convaincant. Faé évoque des raisons extrasportives, mais une simple mise au point ou un avertissement aurait-il vraiment été insuffisant face à l’enjeu continental ? C’est clair, Pépé est loin d’être un joueur en déclin. Son début de saison est convaincant, son rythme est là, son vécu international intact. Quant à Adingra, son nom reste associé à l’instant fondateur de la finale : cette passe décisive pour Sébastien Haller, entrée à jamais dans la légende du football ivoirien. Certes, il joue peu en Angleterre. Mais chacun sait combien son impact est décuplé en sélection. Sa complémentarité avec Haller n’a jamais été remise en question. Oui, Adingra joue peu en Angleterre. Mais la CAN n’est pas la Premier League. Et l’histoire récente prouve que son rendement en sélection n’a jamais été corrélé à son temps de jeu en club. Le cas Simon Adingra est plus difficile à comprendre. Car il ne s’agit pas seulement d’un joueur talentueux. Dans une sélection, certains joueurs dépassent leur simple statut : ils sont des sources d’angoisse pour l’adversaire. Dès lors, comment justifier son absence quand Willy Boly, quasiment invisible avec Nottingham Forest, est appelé ? Avec Yan Diomandé, Pépé et Adingra sont aujourd’hui les seuls profils réellement imprévisibles de cette équipe. S’en passer volontairement relève d’un choix lourd de conséquences.

Le flou autour des remplaçants convoqués

L’un des arguments avancés par le sélectionneur pour écarter Simon Adingra est son faible temps de jeu en club. Un raisonnement qui interroge lorsque, dans le même temps, Seko Fofana est convoqué alors qu’il ne dispute que des bouts de matches avec Lens. Plus troublant encore, le milieu ivoirien est régulièrement accusé de « choisir » ses matches avec la sélection, sans que cela ne semble peser dans la balance. Deux poids, deux mesures qui alimentent le malaise autour de cette liste.

Zaha, le pari de l’inconnu

Le retour de Wilfried Zaha intrigue. Deux ans après sa dernière apparition avec les Éléphants, l’ailier revient directement pour une CAN, sans phase de test préalable. La logique aurait voulu qu’il soit convoqué lors des dernières fenêtres internationales afin de jauger sa complémentarité avec le groupe. Au lieu de cela, Zaha débarque au Maroc sans repères collectifs, sans matches amicaux pour recréer l’alchimie. Un pari audacieux, voire périlleux. Certes, Faé Emerse affirme être resté en contact avec le joueur de Charlotte. Mais le football de sélection ne se construit pas uniquement par téléphone. Il se vit sur le terrain, dans les automatismes, les regards, les habitudes collectives. Or Zaha arrive sans avoir pris le pouls de cette équipe version post-CAN 2023. Il débarque dans un groupe profondément renouvelé, avec 11 novices, sans phase d’intégration progressive. Le paradoxe est frappant : Faé Emerse se montre inflexible avec Pépé et Adingra au nom de principes sportifs ou disciplinaires, mais accepte de prendre un risque maximal avec Zaha, sans la moindre garantie sportive récente. Une incohérence qui nourrit le doute.

Onze novices pour un rêve de doublé

Cette liste fera date dans l’histoire de la CAN : 11 novices parmi les 26 convoqués. Un chiffre vertigineux pour une sélection qui ambitionne de conserver son titre. Or, l’expérience est souvent déterminante dans les joutes africaines, où la pression, l’environnement et les contextes de matches font basculer les compétitions. L’Égypte et le Cameroun ont bâti leurs succès sur des cadres rompus à ces batailles. Pourquoi la Côte d’Ivoire ferait-elle exception au moment même où elle vise la continuité et la confirmation ?

L’énigme Seri Jean Michaël

La convocation de Seri Jean Michaël soulève également de sérieuses questions. Dans quelle forme réelle se trouve-t-il ? Depuis deux ans, le milieu ivoirien enchaîne les blessures. La saison dernière, en Arabie saoudite, il a quasiment disparu des terrains. Cette saison à Maribor, il n’a disputé que quatre matches de championnat, encore freiné par des pépins physiques. Plus troublant : depuis la CAN victorieuse à domicile, il n’a pris part à aucun regroupement et n’a pas disputé les éliminatoires du Mondial 2026. Quel message envoie-t-on alors à des joueurs comme Maho Dorgelès ou Baba Diomandé, présents, performants et engagés dans le projet sur la durée ?

Le cas délicat des réservistes

La gestion du dossier Evan Guessand pose un autre problème. L’attaquant n’a certes pas convaincu lors des éliminatoires du Mondial 2026. Mais pourquoi le placer sur une liste de réservistes, sorte de salle d’attente psychologiquement destructrice ? Une décision qui peut briser le moral du joueur d’Aston Villa. Faé aurait pu simplement ne pas le convoquer. Personne n’aurait crié au scandale. L’histoire du football montre d’ailleurs que ce statut de réserviste crée souvent plus de tensions qu’il n’en résout, à l’image du clash entre Adrien Rabiot et Didier Deschamps en équipe de France.

 

 

 

 

 

 

 

 

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