C’est une vérité universelle : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Autrement dit, comme lors du scrutin de 2022, où le politique lui a tordu le bras pour qu’il renonce à briguer la magistrature suprême de la FIF au profit de son aîné et président sortant de la faîtière du football ivoirien, le même Malick Tohé – sauf exceptionnel changement de dernière minute – ne devrait, une nouvelle fois, pas être dans les starting-blocks de l’élection du 12 septembre prochain. Et pour cause ? La pression exercée sur lui est intense. Le point de presse qu’il avait prévu, il y a près de deux semaines, pour annoncer sa candidature a été reporté sine die. Ou plutôt à la Saint-Glinglin.
Bref ! Et, comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, le premier vice-président sortant de la FIF obéira, pour la seconde fois, aux injonctions du politique. Autrement dit, à la volonté du pouvoir, qui souhaiterait qu’il fasse de nouveau équipe avec l’actuel locataire de la « Maison de verre ». Depuis qu’il a décidé de rompre les amarres avec celui qu’il a largement contribué à faire «roi» à l’issue du scrutin de 2022, en raison d’une gouvernance jugée solitaire et autocratique, mais aussi de sa condescendance envers ses principaux collaborateurs, M. Tohé fait l’objet d’importantes sollicitations et d’intenses tractations de la part de certains hommes politiques afin qu’il ne fasse pas bande à part.
C’est même un secret de Polichinelle. Depuis son retour au pays après le Mondial, l’époux de la ministre Françoise Remarck, n’a plus le sommeil tranquille. Mieux, ou pis, c’est selon : tel Richard Kimble, l’acteur principal de la série captivante « Le Fugitif» , Malick Tohé est devenu, le temps d’une élection, « l’homme le plus recherché » d’Abidjan. Rencontres B2B, comme dans les affaires, concertations à huis clos avec certaines hautes autorités du pays, supplications pour qu’il renonce à sa candidature, pressions politiques afin qu’il laisse le champ libre au président sortant : tous les moyens sont utilisés pour amener le supposé candidat MT à abdiquer. Mieux encore, le président sortant lui a même proposé d’être son futur directeur de campagne.
Alors questions. MT acceptera-t-il, pour la seconde fois, de s’acoquiner avec celui qu’il a contribué à installer à la tête de la FIF et qui, en retour, ne l’a payé qu’en monnaie de singe ? Serait-il à ce point naïf qu’il croirait aux nouvelles promesses que lui ferait miroiter le président sortant pour se maintenir au perchoir ? Pense-t-il sincèrement qu’Idriss Diallo respectera sa parole de ne pas se représenter en 2030 afin de lui laisser le champ libre ? Et qu’est-ce qui prouve que, dans quatre ans, un autre candidat de poids ne sortira pas du bois pour lui damer le pion ? Autant de questions qui se bousculent sans doute dans l’esprit de M. Tohé au moment où il s’apprêterait à renouveler son pacte avec Idriss Diallo sous la pression du politique. Cela dit, le sport étant, par essence, une compétition, il est déplorable que l’ingérence ou l’immixtion du politique dans le jeu sportif vienne gripper la machine électorale et « tuer » ainsi la compétition.
Le pouvoir ne peut exiger d’un candidat qu’il se désiste au profit d’un autre dans une compétition électorale alors que, lui-même, n’a jamais trouvé de consensus dans le jeu politique. En 2011, il n’y a pas eu de consensus et le processus électoral s’est déroulé normalement. Feu Sidy Diallo s’est imposé haut la main face à Salif Bictogo. En 2022, il n’y a pas eu davantage de consensus entre les trois candidats Idriss Diallo, Sory Diabaté et Didier Dogba. À l’arrivée, Didier Dogba a mordu la poussière dès le premier tour et Idriss Diallo a coiffé Sory Diabaté au poteau. Pourquoi ce qui n’a pas été fait hier cherche-t-on aujourd’hui à l’imposer ? Aurait-on cherché à tout prix à sauver le soldat Diallo que le politique ne s’y serait pas pris autrement. Heureusement, le troisième candidat déclaré, le président du RC Abidjan, Cissé Souleymane, ne tombera pas dans cette combine. Enfin, espérons-le. Sinon, la capitulation de Malick Tohé ne serait plus qu’une question de jours. Ou peut-être d’heures. Tout ça pour ça.
Kambiré Elie