À quelques mois de l’élection à la présidence de la Fédération de football (FIF), prévue en septembre prochain, le président de la Ligue de football professionnel, Salif Bictogo, sort du silence. Dans cet entretien, il dresse le bilan du comité exécutif dirigé par Yacine Idriss Diallo, défend les actions menées depuis 2022 et appelle à une élection apaisée.
Il y a beaucoup de bruits aujourd’hui autour des prochaines élections à la FIF prévues en septembre. Quelle analyse faites-vous de ces échéances ?
Mon analyse est simple. Pour le moment, il y a deux candidats déclarés. Le président Cissé Souleymane du Racing Club d’Abidjan et le président sortant, Idriss Diallo. Je fais partie de l’équipe du président Idriss Diallo. Et comme l’a dit le chef de l’État de la Côte d’Ivoire, on ne change pas une équipe qui gagne.
Que doit-on comprendre réellement par on ne change pas une équipe qui gagne ?
Cela signifie que l’équipe à laquelle j’appartiens a remporté beaucoup de choses pour la Côte d’Ivoire. Nous avons gagné des trophées et relevé le football ivoirien. Au niveau des clubs, nous avons amélioré notre classement à la CAF, ce qui a permis à la Côte d’Ivoire de retrouver ses quatre places dans les compétitions africaines. Depuis au moins trois ans, nous essayons de placer au moins un club en phase de groupes. On ne peut pas en dire autant de certains pays, que ce soit en Afrique centrale ou même en Afrique de l’Ouest. Il y a deux ou trois ans, nous étions les seuls en Afrique de l’Ouest, à travers l’ASEC, à être en phase de groupes.
Vous jugez donc le bilan du comité exécutif sortant positif ?
Bien sûr. Aujourd’hui, nous sommes perçus autrement. Quand nous sommes arrivés, les compétitions de jeunes n’existaient pratiquement pas. Nous les avons relancées. Les compétitions amateurs au niveau des districts et des ligues régionales ont également été relancées et se déroulent correctement. Les présidents de clubs en sont les témoins. À une certaine époque, ils payaient la Fédération pour organiser des championnats qui, finalement, n’étaient jamais disputés. Aujourd’hui, nous organisons 16 compétitions avec 450 clubs dans les districts et 136 clubs au niveau régional. Nous avons aussi relancé la DTN, qui fait un travail formidable. Tout n’est pas parfait, mais beaucoup de choses ont été réalisées.
Pourtant, certains vous reprochent d’avoir abandonné le football local…
J’aimerais qu’on me dise concrètement ce que signifie « abandon ». Le ballon roule partout en Côte d’Ivoire. Tous les championnats se déroulent. Chez les jeunes, le championnat U17 est actuellement à sa deuxième phase . Le championnat de réserve, où nous avons demandé aux clubs d’intégrer davantage les U20, se joue également. Qu’est-ce qui a été abandonné ? Le football se joue partout en Côte d’Ivoire. Nous nous sommes même impliqués avec l’OISSU à travers des tournois initiés par la CAF. Mais pour redynamiser totalement le football, il faut un ensemble d’actions. Les communes doivent aussi jouer leur rôle.
C’est-à-dire ?
Prenons l’exemple d’Agboville. J’ai trouvé anormal que le stade municipal ne soit pas remis à niveau, au moins au niveau de la pelouse. Même s’il faut faire une épargne publique à Agboville, cela doit se faire. Nous avons une équipe en Ligue 1, ce n’est pas normal. Quand vous prenez Daloa, qui est pourtant un vivier du football, il n’y a pas de stade digne de ce nom. On dit souvent que c’est par là que les migrants partent. C’est aussi parce qu’ils ne peuvent pas rêver à travers le football qu’ils prennent ces risques. Cela doit nous pousser à avoir une autre vision.
Des rumeurs évoquent également des tensions et frustrations au sein de votre comité exécutif. Pouvez-vous le confirmer ?
Même dans un couple, il y a des frictions. Si je vous pose la question sur votre vie de couple, vous me direz qu’il y en a parfois. La vie est ainsi faite. On peut être d’accord ou en désaccord sur certaines choses. Mais on s’assoit, on discute, on améliore ce qui doit l’être. Ce que je veux dire, c’est que nous sommes une équipe. C’est cette équipe qui a remporté les élections et qui a apporté des lauriers à la Côte d’Ivoire. Elle doit rester unie, car il reste encore des batailles à mener.
Pourtant, certaines rumeurs annoncent la possible candidature du premier vice-président, Malick Tohé. En avez-vous entendu parler ?
En tant qu’aîné de Malick Tohé, il ne m’a jamais dit qu’il serait candidat à quoi que ce soit. J’ai été l’un des dirigeants du GX qui ont porté Idriss Diallo au pouvoir. J’ai payé cher pour être l’un des hommes forts de ce groupe. Ensuite, il y a eu un break et nous avons constitué une nouvelle équipe autour du président Yacine Idriss Diallo. Nous sommes allés aux élections avec les clubs et nous avons gagné. Nous avons rassemblé pour une Côte d’Ivoire qui gagne. Et cette Côte d’Ivoire a gagné en 2023 et continue de gagner.
Soyez plus explicite…
Je reviens à votre question. Sous notre mandat, les jeunes et les filles participent à des compétitions majeures. Cette Côte d’Ivoire gagne, puisque nous allons à la Coupe du monde. Elle doit continuer de gagner avec la même équipe. Les ambitions sont légitimes dans tous les domaines. Mais aujourd’hui, nous formons une équipe qui part à la Coupe du monde. Et, je le répète, on ne change pas une équipe qui gagne. Pour moi, Idriss Diallo mérite un second mandat et nous allons tout faire pour qu’il soit réélu.
Et si les rumeurs se confirmaient et que Malick Tohé se déclarait candidat ?
Je ne suis pas dans la fiction. Aujourd’hui, dans mon camp, le candidat est Idriss Diallo. Et je le répète. On ne change pas une équipe qui gagne.
Quel message souhaitez-vous adresser avant ces élections ?
Les élections ne sont jamais une bonne chose dans le football. On le constate partout. C’est d’ailleurs pour cela qu’à la FIFA, lorsqu’il y a des élections, le président Gianni Infantino essaie souvent d’obtenir un consensus. À la CAF, le président Patrice Motsepe fait la même chose. J’ai été candidat en 2011, je sais de quoi je parle. En 2022, il y a eu une élection et vous avez vu les tensions que cela a générées. Le football a besoin de consensus, car personne n’est parfait. Nous ne sommes pas des anges. Je souhaite que cette élection soit fraternelle et apaisée. Nous devons montrer à la classe politique que nous pouvons organiser une élection sans injures ni violences, et que le meilleur gagne s’il y a plusieurs camps.