Agent de joueurs ivoirien, Traoré Ahmed Silvestre, plus connu sous le nom de Zambro, s’est imposé comme l’un des intermédiaires majeurs entre la Côte d’Ivoire et certains championnats africains, notamment la Tanzanie et l’Égypte. Passionné de football depuis l’enfance, il évoque son parcours, sa vision du métier d’agent et son regard sans détour sur le football ivoirien.
Comment est née votre passion pour le métier d’agent ?
Franchement, cette passion est venue naturellement. J’ai toujours aimé le football. Depuis tout petit, comme tous les gamins d’Abobo, je jouais au ballon. J’ai d’abord voulu devenir footballeur moi-même, mais cela n’a pas abouti. Alors, au lieu de quitter le milieu, j’ai choisi d’y rester autrement. C’est ainsi que je suis devenu agent.
On vous présente aujourd’hui comme l’un des meilleurs agents. Quel est le secret ?
Le secret, c’est la passion. Il faut aimer ce que l’on fait. Si l’on n’aime pas profondément le football, on ne peut pas réussir dans ce métier. Il faut être passionné, patient et déterminé.
Vous avez ouvert une passerelle entre la Côte d’Ivoire et la Tanzanie. Comment tout a commencé ?
Tout est parti du transfert d’un ancien défenseur de l’ASEC, Zana Coulibaly. C’est le premier joueur que j’ai emmené en Tanzanie, du côté de Simba. À partir de là, j’ai commencé à me rendre régulièrement dans le pays et à tisser des relations solides. Ensuite, avec l’arrivée d’autres joueurs comme Aziz Ki, cela a ouvert davantage de portes pour nos compatriotes.
Pourquoi la Tanzanie ?
Ce n’est pas uniquement la Tanzanie. J’ai aussi travaillé en Égypte, où j’ai d’ailleurs commencé dans le métier. Plusieurs joueurs ivoiriens ont rejoint le championnat égyptien grâce à moi. Mais la Tanzanie est intéressante parce que le championnat y est bien médiatisé et surtout bien structuré financièrement. Là-bas, les clubs recherchent des joueurs matures, capables d’apporter immédiatement un plus. Beaucoup de joueurs ivoiriens talentueux restent bloqués ici, mal rémunérés et sans visibilité. Pourquoi ne pas leur offrir une meilleure opportunité ?
Vous voulez dire que la Tanzanie paie mieux ?
Il n’y a pas photo. Les clubs tanzaniens paient très bien, parfois mieux que certains clubs européens. Un joueur en Tanzanie n’a rien à envier à un joueur de Ligue 2 en France. Pour les joueurs que j’envoie, on ne parle pas de moins de 6 millions FCFA par mois. Je travaille surtout avec des clubs capables d’assumer ces salaires et d’offrir un véritable cadre professionnel.
Envoyer les joueurs à l’étranger ne fragilise-t-il pas le championnat ivoirien ?
Non. La Côte d’Ivoire reste un bastion du football africain. Chaque saison, de nouvelles pépites émergent. Le problème n’est pas le talent, mais les moyens. Si les joueurs ne sont pas valorisés financièrement et moralement, ils finissent par se décourager. Et lorsque le mental est touché, la performance baisse. Il faut leur offrir des perspectives.
Votre champ d’action s’étend-il jusqu’en Europe ?
Bien sûr. J’étais récemment en Norvège avec un jeune talent ivoirien. J’ai plusieurs jeunes en Europe, mais je préfère travailler discrètement, surtout avec les plus jeunes. Je veux les protéger. Le seul cas très visible récemment est celui de Yao Hubert, le petit frère de Gervinho, qui évoluait à San Pedro. Mais sinon, je travaille beaucoup dans l’ombre.
Quelles sont les qualités d’un bon agent ?
Un bon agent doit connaître parfaitement son joueur. Il doit savoir quand et où le placer. On ne jette pas un joueur dans la gueule du loup parce qu’une opportunité se présente. Il faut analyser, calculer, préparer le terrain et mettre une organisation autour du joueur avant de lui proposer un projet. Même si rien n’est garanti à 100 %, il faut au moins maximiser les chances à 80 %.
Les joueurs vous témoignent-ils de la reconnaissance ?
Je rends grâce à Dieu, je n’ai jamais eu de problème avec un joueur. Je travaille avec sincérité. Je prends le temps de connaître mes joueurs, leurs goûts, leurs craintes et leurs ambitions. Je ne cherche à tromper personne. Dans ce métier, un petit grain de sable peut tout gâcher. J’ai toujours privilégié la fraternité et la transparence.
Quel regard portez-vous sur le football ivoirien ?
Honnêtement, ce n’est plus comme avant. Les clubs ont du mal en compétitions africaines et le championnat manque de médiatisation. Parfois, on ne sait même pas quand une équipe joue. En Tanzanie, par exemple, toute la nation est impliquée notamment les sponsors, les entreprises, même les autorités. Il existe une véritable communication autour du championnat. Les stades sont pleins, surtout lors des derbys. Impossible d’avoir un billet un mois à l’avance. Lorsque tout le monde est impliqué, cela change l’image et le niveau du championnat. Il faut mobiliser les entreprises, les villes et les régions. Chaque localité doit s’identifier à son équipe. Une véritable stratégie de communication est nécessaire pour ramener les supporters au stade.
Avez-vous échangé avec la Fédération sur le sujet ?
Je ne suis pas très proche de la Fédération. Cela fait environ quatre ans que je me suis installé définitivement en Côte d’Ivoire. Avant, j’étais à l’étranger. Je travaille avec les dirigeants dans le respect, mais je ne m’immisce pas dans leur gestion.
L’échec récent des Éléphants à la CAN ne suscite-t-il pas d’inquiétudes à quelques semaines de la Coupe du monde ?
Je ne le pense pas. La Côte d’Ivoire, c’est le Brésil de l’Afrique. Nous avons des joueurs de qualité à tous les postes. Il faut surtout l’union. L’équipe est jeune, mais avec la cohésion et le soutien du pays, elle peut aller loin. La Coupe du monde est un autre niveau, mais nos joueurs sont des professionnels et savent ce que cela représente. Il faut éviter les divisions. Les médias ne doivent pas comparer inutilement les joueurs. Les choix du sélectionneur doivent être respectés. Nous sommes tous Ivoiriens. Mettons-nous ensemble pour soutenir l’équipe, la galvaniser et atteindre nos objectifs.