A la tête de la Ligue de Football Amateur, Yssouf Diabaté entame cette nouvelle saison avec ambition et détermination. A quelques jours de la reprise de la D3, il fait le point sur les avancées et les défis du football amateur ivoirien.
Vous avez lancé la nouvelle saison de la Ligue Amateur avec plusieurs annonces. Quelles sont les grandes nouveautés à attendre cette année ?
Nous avons voulu insuffler une nouvelle dynamique, inciter les clubs à se surpasser. C’est ma vision personnelle. Si le président Idriss m’a confié cette responsabilité, c’est parce qu’il attend de moi le meilleur. Cette saison, j’ai voulu instaurer un esprit de compétition plus intense. D’ailleurs, certains clubs ont déjà annoncé vouloir enchaîner six victoires d’affilée ! Je trouve cela sain, c’est de bonne guerre. Mais la vraie réponse se donnera sur le terrain.
L’un des problèmes récurrents en Ligue Amateur, c’est l’arbitrage. Quelles mesures ont été prises à ce sujet ?
Effectivement, l’arbitrage est un point sensible. Heureusement, Kalou Bonaventure et la Commission Centrale des Arbitres ont pris les choses en main. Un travail rigoureux de sélection est en cours pour ne retenir que les arbitres les plus compétents. Il ne s’agit pas toujours de corruption, parfois c’est simplement une question de niveau. Certains arbitres ne sont pas encore prêts pour certains matchs, et il faut en tenir compte.
Depuis votre arrivée, on note des innovations dans les récompenses. Cela a-t-il un impact réel sur les clubs ?
C’est une source de motivation indéniable. Je suis fier de constater que depuis ma prise de fonction, aucun club promu n’a fait marche arrière. Certains, comme l’OSA d’Agboville, évoluent aujourd’hui en première division. D’autres ont lutté pour les titres en Ligue 2 la saison dernière. C’est la preuve que le travail porte ses fruits.
Quelle est votre vision globale pour la Ligue Amateur ?
C’est une ligue de football amateur. On ne devient pas professionnels ici, mais il faut travailler pour que les clubs qui montent puissent jouer les premiers rôles en divisions supérieures. Mon ambition est de structurer cette base, car c’est de là que tout part.
On reproche parfois à la FIF de ne pas assez s’intéresser au football local. Que répondez-vous ?
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Aujourd’hui, nous avons quatre clubs engagés en compétitions africaines. L’Asec et le Stade d’Abidjan se sont qualifiés pour les phases de poules la saison dernière. Si notre football allait si mal, cela ne serait pas possible. Comme le dit souvent le président Idriss, ce n’est pas à la Fédération de mobiliser les supporters pour remplir les stades. Nos joueurs partent en Europe, d’autres sont recrutés jusqu’en Tanzanie. Cela prouve que nous produisons de la qualité.
Qu’est-ce qui manque réellement au football local ?
Le vrai problème, c’est qu’on ne voit plus de talents exceptionnels, de joueurs qui déplacent les foules. Avant, on se déplaçait pour voir des légendes comme Abdoulaye Traoré, Sékou Bamba, Bassolé Michel ou Beugré Yago. Aujourd’hui, c’est le collectif qui domine. Les “oiseaux rares” ont disparu. Regardez l’engouement autour de Mbappé ou Lamine Yamal : ce sont des individualités hors normes. En Afrique, on a perdu cela, et c’est ce manque qui explique parfois la désaffection du public.
Vous dites que ce n’est pas à la FIF d’organiser les clubs, mais n’est-ce pas aussi à vous de promouvoir le championnat ?
Nous faisons déjà beaucoup pour la visibilité. Les matchs sont diffusés sur Canal+, la RTI, parfois sur NCI. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’efforts. Maintenant, si quelqu’un a de meilleures idées, qu’il les propose ! Mais soyons honnêtes. L’époque où les stades étaient pleins pour voir un joueur en particulier est révolue. C’est comme en politique, certains suivent ADO parce qu’il incarne le RHDP, d’autres Gbagbo pour le PPACI. Ce sont des figures charismatiques. Il nous manque ce type de figures dans notre football local.
Est-ce qu’il n’y a pas aussi un aspect politique dès qu’un talent rare apparaît ?
Je vais vous donner une anecdote. En 2023, lors de la Coupe d’Afrique, je devais jouer un dernier match contre l’Asec avec mon joueur N’da Willy. Il est venu me voir avec son frère jumeau, en pleurs, contrat en main. Chez moi, il touchait 400 000 francs, on lui proposait 4 millions ailleurs. Il m’a dit : “président, pensez à ma maman, à ma famille.” J’ai compris. Je lui ai simplement demandé de jouer le match aller contre l’Asec avant de partir, mais il n’a pas pu. Vous voyez ? Ce n’est donc pas la faute de la Fédération si nos clubs perdent leurs pépites.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le Sporting Club de Gagnoa, maintenant que vous n’en êtes plus le président ?
Je ne suis plus président, c’est vrai, mais je reste le maire de Gagnoa, donc je suis la situation de près. Avec le recrutement effectué et la vision du nouveau président, je pense sincèrement que, sauf catastrophe, le Sporting va accéder à la première division. C’est tout ce que je leur souhaite.