Si hier, dans cette même chronique, nous titrions que l’Égypte n’était plus l’Égypte, l’honnêteté sportive nous oblige aujourd’hui à reconnaître que l’Égypte reste l’Égypte. Car, après tout, elle a vaincu le tenant du trophée : 3-2. Une défaite qui a entraîné notre élimination de la compétition en quart de finale et un retour précipité à la maison. Qui plus est, sans notre trophée.
Posons donc la question qui fâche à Idriss Diallo et consorts : « où est notre trophée ? » Car, ils étaient censés nous le ramener à Abidjan au soir du 19 janvier. En clair, la Côte d’Ivoire a fait chou blanc au Maroc. Et, cet échec est d’autant plus patent, voire plus cinglant, qu’il a été concédé en quart de finale. Même pas en demi-finale. Et pourtant, c’est bien la Côte d’Ivoire qui était la tenante du titre. En un mot, c’est un fiasco. Au demeurant, ce qui nous irrite, ce n’est pas tant la défaite que la manière. Car l’Égypte qui nous a barré la route en quart de finale samedi, n’avait rien d’un foudre de guerre comparée à ses devancières. En tout cas, en termes d’individualités, cette Égypte-là n’était pas au-dessus de nos Éléphants. En revanche, elle nous a supplantés tactiquement.
En fait, son coach a su préparer son équipe en ne lésinant sur aucun aspect du jeu. Disons-le sans détour : le septuple champion d’Afrique est venu jouer un match de Coupe d’Afrique. Tandis que la Côte d’Ivoire s’est parée de ses plus beaux habits pour un match de gala. Le tenant du titre avait des stars. L’Égypte avait des guerriers. Les Pharaons ont évolué en équipe. Les Ivoiriens ont trop souvent joué en solo. Et là où le technicien égyptien a densifié son milieu pour évoluer avec deux pointes, son homologue ivoirien a préféré s’exposer dans l’entrejeu, misant sur la seule qualité technique de ses talents offensifs. Les clés du succès égyptien résident d’abord dans la bonne organisation de jeu mise en place par Hossam Hassan, mais aussi dans une disposition tactique adaptée aux forces et faiblesses de sa propre sélection comme à celles de son adversaire. Pendant 90 minutes, son bloc-équipe n’a pas failli. Et une telle option exige beaucoup de sacrifices sur l’aire de jeu. Ce que les Pharaons ont pleinement assumé. Ils ont dépensé beaucoup d’énergie pour défendre et attaquer.
En un mot, Mo Salah et ses coéquipiers se sont dépensés sans compter, pour boucher presque tous les espaces aux attaquants ivoiriens. En alternant, de temps en temps, le pressing haut et bas, avec une discipline tactique remarquable, notamment dans les couloirs où excellent Amad Diallo et Yam Diomandé. Exactement comme Hervé Renard en 2012 avec la Zambie pour neutraliser Gervinho, ou comme Hassan Shehata à la CAN 2008 au Ghana, lorsqu’il avaitt bouché les couloirs à Kader Kéita et Aruna Dindane à Kumasi. En football, quand les forces sont sensiblement égales, la science de l’entraîneur fait la différence. Et un bon coaching peut amener une équipe moyenne à se transcender pour gagner un match.
Aussi, en ne parvenant pas à résoudre l’équation tactique posée par son homologue égyptien, Faé Emerse nous a-t-il montrés qu’il n’était pas de la trempe des grands tacticiens. Certes, Hossam Hassan n’est à la tête de l’Égypte que depuis 2024. Toutefois, son immense vécu en sélection — 176 capes, 69 buts, trois titres continentaux (1998, 2006, 2008) — pour avoir aussi côtoyé en tant que joueurs des sélectionneurs comme El-Gohary ou Shehata ont sans doute été cette plus-value qui lui a permis de remporter cette bataille tactique aux dépens de son homologue ivoirien. Cela dit, avec des « si », on peut mettre Abidjan en bouteille. Mais, un sentiment de colère et de révolte nous habitent face à ce gros gâchis.
C’est qu’au regard de tous ces ratés récences dans ce match, de toutes ces imprécisions et approximations offensives voire dans la finition, on ne saurait laisser passer par pertes et profits le choix discutable d’avoir laissé à la maison trois talents majeurs. Rien ne dit en effet qu’un Nicolas Pépé, un Simon Adingra ou un Sébastien Haller n’auraient pas apporté une plus-value supérieure à un Bayo Vakoum, à un Guessand Evan ou même un Zaha ? Il est clair que Nicolas Pépé et Simon Adingra auraient constitué de solides doublures à Amad Diallo et Yam Diomandé. Et le fait de les avoir écartés de la sélection pour des motifs fallacieux reste une faute impardonnable. Une bêtise même. Et puis trop de viandes dans la sauce l’enrichit plus qu’elle ne la gâte.
En se privant dons de ces trois meilleures cartouches, le coach s’est tiré une balle dans le pied. Et s’il ne s’est pas fait hara-kiri, il a néanmoins conduit sa troupe à un suicide collectif. Car, comment le Bénin, petit pays du football, a réussi à amener l’Egypte aux prolongations avant de céder aux tirs au but, et que le tenant du titre n’ait même pas pu atteindre les prolongations pour espérer aller à l’épreuve fatidique des TAB ? Quoi qu’il en soit, l’heure du bilan a sonné.
En tout état de cause, ce qui s’est passé à Agadir n’est que la conséquence d’approximations répétées dans la gestion des Éléphants. Puis, d’une addition de mauvais coaching depuis les Eliminatoires de la CAN 2025 et du Mondial 2026. Enfin, d’une multiplication d’erreurs dans le choix des hommes caractérisées notamment par l’absence d’une équipe-type des Eléphants jusqu’à cette CAN. Et cela nous fout les boules. Bon est-il écrit, quelque part, sans doute dans du marbre, que ce n’est ni aujourd’hui, ni demain, que cette série noire face à ce pays arabe ne s’arrêtera jamais ? En attendant, la chute fut vertigineuse. L’atterrissage, violent. Les responsabilités devront être situées. Alors, Éléphants, où est notre Coupe ?
Kambiré Élie