Le pari est pris. La FIF va créer sa première académie de football. Hip, hip, hourra ! C’est déjà bien qu’elle ait pensé à cela. Ça sera notre Clairefontaine à nous. Il fallait y penser. Et la FEDE y a pensé. Ne soyons pas jaloux. Et rendons à Yacine ce qui appartient à Diallo. Car, le Calife du foot ivoirien est en train de réussir là où ses trois prédécesseurs, Dieng Ousseynou, Jacques Anouma et Feu Sidy Diallo n’ont pu doter le foot ivoirien d’une académie fédérale. Après avoir dit cela, nous sommes cependant rattrapés par la vérité du terrain. Car, si, dans la forme, l’idée d’un «Clairefontaine » à l’ivoirien est géniale, dans le fond, quelques zones d’ombres subsistent. Quid du coût financier de ce projet ? Motus et bouche cousue. Car, le DTN, l’Algérien Lounès Hattab, n’a pipeau mot là-dessus. Et c’est passé crème, car, à cette conférence de presse, la presse sportive l’a bouclé. Net. Comme quoi, ni les clubs, ni le citoyen lambda, personne ne sait le projet chiffré de cet investissement. Même si on sait que chaque opération de détection coûtera en moyenne à 4 millions de FCFA pour les 192 évènements d’octobre 2025 à janvier 2026, pour le reste, il faudra passer à la Saint-Glinglin.
C’est à se demander si ledit projet fut discuté en Comité Exécutif. Car, à défaut de la présence du président de la Commission football jeunes, à cette conférence de presse, celle du Directeur exécutif de la FIF aux côtés du DTN aurait permis de lever toutes les zones d’ombre de ce projet. Histoire d’éclairer la lanterne des uns et des autres. Outre le côté financier, que dire du choix de l’ex-international Arsène Hobou pour piloter le processus d’identification des jeunes talents ? A-t-il la compétence ou est-il suffisamment outillé pour conduire cette opération ? Là, la faîtière préfère nous renvoyer à l’allégorie des trois singes de la sagesse : « ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire de mal ». Alors question. Le titre d’ancien joueur est-il désormais un passe-droit pour accéder à n’importe quelle fonction à la FIF ? Affirmatif. Car, depuis l’élection du nouveau Calife de la FIF, cette appellation semble être un précieux sésame, voire un brevet, pour tout retraité du football de bien finir ses vieux jours au sein de la « Maison de verre ».
Il n’est donc pas étonnant de voir ce conglomérat d’ex-internationaux faire la pluie et le beau temps à la FIF. Chouchoutés, couvés, choyés et caressés par le patron du foot ivoirien, ils ont pignon sur rue au sein de toutes les sélections. Toutes catégories confondues. Sans être mauvaise langue, et même si comparaison n’est pas raison, un constat saute cependant aux yeux. Si la forte présence des ex-internationaux au sein de l’appareil fédéral ne saurait être qualifiée de loge, dont seuls les initiés dociles y ont accès, elle n’est non plus pas loin d’apparaître comme une confrérie civile dont les membres doivent montrer patte blanche avant d’intégrer cette grande loge. Sinon, qu’est-ce qui justifie le choix d’Arsène Hobou pour piloter un tel projet ? D’autant plus le concerné lui-même nous dit que ses prérequis dans ce domaine ne reposent que sur une petite expérience, en tant que pensionnaire dans les équipes de jeunes de l’Africa Sports. En d’autres termes, il a été un pur produit de la formation parce qu’il a intégré les équipes jeunes à 13 ans. En un mot comme en cent, rien ne dit qu’Arsène Hobou a été choisi, parce qu’il jouit effectivement d’une compétence établie et de connaissances avérées dans le domaine de la formation. Mais bien pour d’autres considérations dont seule la FIF sait. Et elle nous aurait évité toute cette polémique si elle avait joué la carte de la transparence.
Au lieu de servir un choix dont on ignore les contours. Autrement dit opaque. Ceci étant, il ne nous reste plus qu’à espérer que le choix d’Arsène Hobou repose effectivement sur des critères objectifs. Et non sur un favoritisme de mauvais aloi. Si tel était le cas, alors ça serait grave aussi bien pour la réputation de la FIF que pour son image. Quoiqu’il en soit le vin est tiré. Et nous devons le déguster. Mais, bien entendu, en jetant un coup d’œil dans le fond de la bouteille pour ne pas ingurgiter les impuretés. A raison d’ailleurs. Car, le DTN Lounès Hattab nous aura laissé sur notre faim tout au long de sa dite conférence de presse. En effet, si tant est que l’essence même d’une DTN, selon les experts dans ce domaine, est d’assurer le développement du football à tous les niveaux de la pyramide, de superviser tous ses aspects techniques au niveau national, il aurait été intéressant que le DTN nous fît un état des lieux de ce qui a été fait jusque-là avant de chercher à prêcher pour sa propre chapelle.
Or, Hattab n’a rien dit sur l’existant. Pas même un mot sur les soi-disant centres de formation ou écoles de football qui foisonnent dans le pays. Ni comment la DTN compte-t-elle justement lutter contre la fuite de nos jeunes talents encore dans la précocité. En fait, tout semble indiquer que cette DTN-là n’a pas un droit de regard sur la formation qui se fait ailleurs. Ni même sa tutelle. La preuve, elle n’a même daigné en parler. Par manque de courage sans doute. Ni même dit un mot sur l’Académie Benfica Campus installée à Abidjan en 2024. Et qui vit aux crochets de la princesse à l’INJS. A son nez et à sa barbe, qui plus est. Le ver est dans le fruit. Et les auteurs et coauteurs de ce trafic clandestin connus de tous. Installés parfois au cœur même de son système. Sauf que la DTN ne frappe pas à la bonne porte. Parce qu’elle n’a pas « kair », pour parler comme les « Nouchis ».
Kambiré Elie