À peine les lampions se sont-ils éteints sur la 23e Coupe du monde 2026 que le football ivoirien est aussitôt retourné à ses affaires locales. Et franchement, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas actuellement à boire et à manger dans le débat sportif. Tant les sujets croustillants foisonnent.
À commencer par cet échec des Éléphants au pays de l’Oncle Sam, où ils se sont cassé les dents dès les 16ès de finale. Cette sortie de route inattendue face à la Norvège mérite que le président Idriss Diallo nous fournisse des explications. Sauf si, bien entendu, cette élimination à ce stade-là correspond effectivement au véritable niveau de la sélection nationale. N’est-ce pas ce qu’il avait déclaré lorsque les Éléphants, pourtant tenants du titre, avaient été éliminés en quarts de finale de la CAN 2025 ? Si cela était vrai hier pour la CAN, cela l’est tout autant pour ce Mondial.
Simple parallélisme des formes. Au demeurant, si, en allant chez Donald Trump, l’objectif était uniquement de briser le plafond de verre pour atteindre le second tour, c’est que cette fédération-là manquait cruellement d’ambition. Car, aussi simple que 2 × 2 = 4, un revers de la sélection nationale dès le 1er tour, dans un groupe E, largement à sa portée, aurait constitué plus qu’un scandale d’État : presque un crime de lèse-majesté. Autant dire que franchir cette première étape n’était vraiment pas la mer à boire pour qui connaît le potentiel ivoirien comparé à celui du Curaçao et de l’Équateur, en dehors de l’Allemagne. Comme quoi, dans ce Mondial à 48 équipes, la Côte d’Ivoire avait un bon coup à jouer. Elle disposait d’une ressource humaine de qualité, d’un potentiel riche en individualités, lui permettant d’espérer atteindre au moins les quarts de finale, et non pas se casser les dents dès le second tour. Echouer donc à ce stade-là est un échec. Cinglant. Il faudra donc bien que YI Diallo nous dise ce qui n’a pas marché au pays des hamburgers, des Burger King et des hot-dogs. Au demeurant, qu’il nous présente le bilan de la participation des Éléphants à ce Mondial 2026, achevé en eau de boudin à Dallas. En termes de gains, nous savons que la Côte d’Ivoire a récolté beaucoup d’argent, soit huit milliards de FCFA.
En revanche, le défi sportif, lui, aura été un véritable fiasco. Mais simple coïncidence ou hasard du calendrier ? Les deux, peut-être. Pendant que le débat sur le bilan du Mondial ne fait que commencer, alors que toute la communauté sportive est suspendue aux lèvres du président sortant pour comprendre les causes de la déroute de Dallas, c’est précisément à ce moment-là que la Commission électorale choisit de lancer le compte à rebours pour le scrutin à la tête de la FIF, fixé au 12 septembre prochain à la Fondation FHB. Et depuis le 23 juillet dernier, elle a ouvert le dépôt des dossiers de candidature. Mais qu’on se comprenne bien. Au moment où le top du départ du scrutin est lancé, le football ivoirien ne saurait faire l’économie d’un bilan complet de ses deux fiascos enregistrés au cours du premier mandat du président sortant : la CAN 2025 et le Mondial 2026. Il serait certes maladroit, voire faire preuve de mauvaise foi, de ne pas relever la belle performance des Éléphants à domicile lorsqu’ils ont décroché leur 3ème étoile lors de la CAN 2023, sous le mandat de YI Diallo.
De même, il convient de saluer cette qualification historique pour un 2ème tour de CM, même si cet objectif n’avait rien de sorcier. Sauf que les deux gros fiascos de la CAN 2025 et du Mondial 2026, conjugués à d’autres faiblesses dans sa gouvernance, à la mauvaise gestion du football local, au manque d’attractivité des compétitions domestiques ainsi qu’au déficit de professionnalisme de la Ligue professionnelle dans l’organisation des matches de Ligue 1, ont quelque peu terni les dividendes sportifs qu’il avait récoltés après le sacre continental de 2023. Et, sous réserve que les 81 membres actifs lui accordent de nouveau leurs suffrages pour un second mandat, il faudra bien qu’il nous dise s’il compte, oui ou non, maintenir Faé Emerse à la tête des Éléphants. Cette question ne devrait pourtant pas constituer un casse-tête chinois pour lui. D’autant que Faé, en poste depuis trois ans, semble être arrivé au terme de son cycle. Il a rendu de bons et loyaux services au foot ivoirien en remportant cette 3ème CAN, doublée d’une 4ème qualification des Éléphants pour un Mondial. Mais ce n’est pas pour autant qu’il devrait faire de vieux os à ce poste.
Quoi qu’il en soit, le compte à rebours est lancé. Si le président sortant n’a jamais fait mystère de sa volonté de rempiler pour un second mandat, le président du RC Abidjan, Souleymane Cissé, ainsi que celui de l’Union des footballeurs professionnels de Côte d’Ivoire (UFPCI), Zoro Marc, n’ont, non plus, jamais caché qu’ils lorgnaient le fauteuil d’Idriss Diallo. Pour sûr, depuis la fin du mandat du président sortant, un vent de campagne souffle sur le foot ivoirien. Mais quid du quatrième candidat ? Le présumé candidat Malick Tohé demeure, pour le moment, muré dans un silence de… mort. Il affûte ses armes. Il entretient le suspense. En réalité, le 1er vice-président de la FIF fait l’objet d’intenses tractations de toutes parts. C’est à peine si les missi dominici des négociations souterraines ne le supplient pas de reconstituer le tandem de 2022 avec le président sortant, duo qui les avait portés au pouvoir. Comme quoi, Diallo espère, Tohé entretient le suspense. Car, après tout, aujourd’hui, c’est lui le maître du jeu.
Kambiré Eli