Ce n’est qu’une question de temps. De bon timing aussi. À moins d’un exceptionnel cataclysme, Malick Tohé prendra place dans les starting-blocks de l’AG élective post-Mondial 2026. Et son ambition, légitime du reste, de croiser le fer avec la tête de liste de leur coalition lors du scrutin de 2022 a déjà fait le tour du pays. Dans les villes, quartiers, villages, hameaux et campements, on sait que MT jetera dans le marigot de la FIF. Déterminé et motivé à briguer la magistrature suprême du foot ivoirien. Et ce, contre vents et marées. En dépit de tout ce qui est dit ou sera colporté sur son compte, il ira à Lagardère. Nonobstant toutes les pressions morales qu’il subira en vue de le contraindre à renoncer à ce projet, il ne cédera pas d’un iota. Étant donné que ce projet, il l’a mûri de vieille date. Advienne que pourra, l’époux de la ministre Françoise Remark n’abdiquera pas. Il ne capitulera pas non plus comme la dernière fois.
Trop, c’est trop. MT ne reculera pas, sauf si, bien entendu, Dieu le Père descendait du ciel. Pour être plus sérieux, et pour ne pas non plus trahir un secret, en vérité, la FIF aurait pu revenir à MT s’il l’avait voulu. Et s’il n’avait pas volontairement fait la passe à son aîné, feu Augustin Sidy Diallo, lorsque la proposition lui avait été faite. Nous étions au sortir de la crise post-électorale, après que l’ex-président JB Anouma a été poussé vers la porte de sortie par le nouveau régime. Idem pour 2022. Car, là encore, MT tenait le bon bout. Puisque le groupement de clubs, baptisé GX, dont il a été l’un des principaux animateurs et financiers pour combattre le COMEX de feu A.S. Diallo, a été à la base de la mise sous tutelle de la FIF par la FIFA. Autant dire que les clignotants semblaient au vert pour que MT s’installât à la « Maison de verre ». Seulement voilà. La pression est venue « d’en haut, de en haut ». Et avec un pistolet du genre « 357 Magnum » braqué sous sa tempe, suivi de possibles représailles, contre mauvaise fortune l’homme fit bon cœur et céda le fauteuil présidentiel qui lui était réservé à son aîné Yacine Idriss Diallo, parachuté par « l’Ange Gabriel », pardon « l’ange Hambak ». Sauf que, 4 ans après, les temps ont changé. Et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. MT a pris de la bouteille.
Il est peu probable qu’on vienne de nouveau le forcer à aller à Canossa comme en 2022. Car le vent a tourné. La peur a aussi changé de camp. Après avoir délivré deux passes décisives, il veut transformer l’essai. C’est-à-dire ne plus jouer les seconds rôles, mais les premiers. Et si hier, il a été faiseur de roi à deux reprises, aujourd’hui il veut être « Roi ». Autrement dit, être Calife à la place du Calife. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Puisque, pour le moment, l’ex-dirigeant des Aiglons de l’ère Richard Donwahi n’a encore rien dit. Même si, officieusement, son nom circule sous le manteau. Et de sources concordantes, il aurait dans sa manche plus d’une trentaine de clubs qui lui auraient fait allégeance. Au demeurant, la question de fond que chacun d’entre nous se pose est celle-ci : mais diantre, qu’est-ce qui a bien pu se passer entre les deux colistiers de la liste « Rassembler pour développer » pour que le faiseur de roi d’hier se rebelle contre sa tête de liste ? La réponse coule de source. Inutile donc de fouiller dans les poubelles pour trouver l’origine de la pomme de discorde qui oppose les deux dirigeants de la FIF.
Il s’agit en réalité d’un problème de gouvernance. En fait, en dépit de sa qualité de 1er vice-président en charge du sponsoring et du marketing, MT a le sentiment de ne pas être traité à la hauteur du sacrifice qu’il a consenti pour que YI. Diallo accède au pouvoir. Lui, le faiseur de roi, n’admet pas d’être confiné dans un mauvais rôle, celui d’une sorte de reine d’Angleterre, tout juste bon à inaugurer les chrysanthèmes. Pendant que sa tête de liste a la main sur tout et règne en maître absolu sur la FIF, entouré de ses « roperos ». Dans ce marché de dupes, MT se sent donc trahi par celui qu’il a contribué à installer à la FIF. D’ailleurs, c’est connu de tous : la FIF est aujourd’hui dirigée par un triumvirat qui ne dit pas son nom. Il s’agit du 3e vice-président, le colonel Koné Mamadou, du DEX Armand Gohourou et, bien entendu, d’Idriss Diallo lui-même. Ces trois hommes forts constituent une sorte de « Politburo » ou de « Praesidium » à la soviétique qui décide de tout. MT ne compte donc que pour du beurre. Et les membres du COMEX sont souvent mis devant le fait accompli. Mais il y a un temps pour tout. Pendant longtemps, MT a dû mettre une bonne quantité d’eau dans son « Dom Pérignon » pour ne pas sauter du navire plus vite. Au risque d’apparaître comme l’éternel palabreur.
À son corps défendant, l’actuel président du COK a donc dû s’accommoder de la gouvernance solitaire, omnipotente et autocratique de son partenaire d’hier. Mais la goutte d’eau qui fit déborder le vase a été cette injustice criante dont il a été victime. En rayant son nom de la liste des trois membres cooptés FIFA, le président Y.I. Diallo venait là de poser un acte de casus belli avec son 1er vice-président. C’est cette injustice criante qui l’a sorti de son coma. D’où sa volonté de candidater à la tête de la FIF. De toute façon que M. Tohé se tienne pour dit. Qu’il soit candidat ou non, si Y.I. Diallo est réélu, ce ne sont plus les chrysanthèmes qu’il ira inaugurer. Mais le cimetière qu’il gardera. Et s’il est chanceux, il sera vigile à l’entrée de la FIF. Ce qui est valable pour MT l’est aussi pour SB. Un homme averti en vaut… Bictogo le sait mieux que quiconque. Car, lui président de la LFP encore sous YID ? Mon œil !
Kambiré Élie