Comme un ballon de baudruche

Il y a des silences qui valent parfois leur pesant d’or. Et quelquefois, la même sagesse nous recommande de ne rien dire lorsque nous n’avons rien à dire, au risque de paraître petit aux yeux de ceux qui nous écoutent. Et ce, peu importe l’endroit où nous nous exprimons. Malik Tohé a parlé. Beaucoup parlé. À la limite, il a demandé pardon et s’est prosterné devant Yacine Idriss Diallo. Non pas, parce qu’il aurait commis le crime le plus grave de toute l’histoire de l’humanité, mais bien parce que les velléités de candidature qu’il a nourries constituent, du reste, un crime de lèse-majesté. Tiré à quatre épingles, sapé comme le Congolais Djo Ballard, du haut de la tribune de la salle des fêtes de l’Hôtel Ivoire, il a délivré à toute l’intelligentsia réunie pour cette cérémonie un message pathétique, poignant et dramatique. Message émouvant et bouleversant, oui ! Mais message d’aveu, itou ! Car, jusque-là, en dehors de son carré fidèle, plus ou moins dans le secret des dieux, MT n’avait jamais déclaré officiellement son intention de candidater. Bien que, l’info circulait déjà sous le manteau. Mais il a fallu la supposée signature d’une sorte de gentleman’s agreement- puisqu’il est sous le sceau du secret et que nul ne connaît les termes de cet accord-pour que ce qui semblait au départ n’être qu’une rumeur ne le soit presque plus. Aussi depuis le mercredi 2 septembre dernier, le mystère s’est-il éclairci. Car, M. Tohé s’est publiquement confessé. Il a reconnu ouvertement qu’il « avait envisagé de se porter candidat à la présidence de la FIF ». Que dire de plus, sinon qu’il a entraîné tout un monde derrière lui avant de le lâcher en plein vol. Finalement, il a donné raison à S. Bictogo qui l’a quitté pour rouler pour Idriss Diallo. Bref ! En sa qualité de coordonnateur général de la campagne de YID, il ne se gêna point pour égrener, à la surprise générale, le passé glorieux du candidat qu’il soutient à présent. Et dressant même un éloge dithyrambique à celui contre lequel il avait pourtant voulu se présenter dans les urnes.

En tout cas, toute la salle était glacée. « Croix de bois, croix de fer, si je mens, j’irai en enfer. » Car, en se mettant totalement au service de YI Diallo, en reconnaissant aussi les mérites de son aîné, en redécouvrant également subitement que celui-ci était un passionné, aimant profondément le foot ivoirien-alors qu’ils ont eu à travailler ensemble pendant 4 ans-, M. Tohé n’a pas seulement fait l’apologie du président Idriss. Mieux, ou pis, c’est selon, il a regretté hic et nunc d’avoir commis cette grosse « bêtise » en voulant candidater contre un tel homme au bilan éloquent. Et s’il n’a pas fait allégeance à YID, il est cependant allé à Canossa. C’est tout comme. Sauf que l’homme s’est aussi érigé en donneur de leçons, rappelant à la gouverne de tous que « le foot ivoirien n’a pas besoin de guerre fratricide ». Mais en quoi une candidature contre I. Diallo peut-elle entraîner notre sport-roi dans une guerre fratricide ?

Les scrutins de 1999- Dieng-Anouma-, de 2011-feu Sidy Diallo-Bictogo-, tout comme celui de 2022, où ils étaient trois candidats-Drogba-Diabaté-Diallo-, aussi chauds aient-ils été, se sont déroulés dans un climat apaisé. Que MT aille à Canossa, c’est son droit. Mais qu’il ne pense pas qu’une éventuelle déchirure au sein du foot ivoirien, si déchirure il y a, proviendrait du fait qu’il ait voulu postuler à la tête de la FIF. Le croire serait se mettre dans la posture de la petite grenouille qui a voulu se faire aussi grosse que la vache. En fait, ce qui gêne dans ce feuilleton rocambolesque, c’est que, pendant de longs mois, MT nous a cassé les tympans avec sa supposée volonté d’affronter I. Diallo le 12 septembre prochain. Ce qui dérange aussi, c’est que, durant des mois, il n’a fait que nous rabâcher les oreilles, comme si cette fois-ci sa décision de candidater était irrévocable. Et que, contrairement à 2022, où on lui aurait mis un revolver Smith & Wesson 686 sur la tempe, il ne reculerait jamais en 2026. Et ce, même si le Bon Dieu descendait sur terre. Sauf qu’au final, ça fait pschitt.

Il s’est dégonflé comme un ballon de baudruche. Pendant 4 ans, MT a travaillé avec YID. Il l’a servi honnêtement, sauf qu’il ne s’est jamais aperçu que ce qui les unissait était infiniment plus grand que ce qui les divisait dans le fond. Il ne s’en est rendu compte qu’après avoir manifesté des velléités de candidature contre son colistier de 2022. On a beau retourner la question dans tous les sens, on ne sait vraiment pas quelles sont les raisons profondes qui ont poussé l’époux de la ministre de la Culture à faire un tel discours, qui frise la soumission, sinon la vassalité. En un mot l’allégeance. Cela dit, dans l’accord secret que les deux parties ont signé, sous les auspices du politique, MT ne devrait donc plus être la cinquième roue du carrosse de YID. Car, sans qu’il s’agisse d’une gouvernance collégiale, il aurait cependant obtenu davantage de pouvoir au sein du nouveau COMEX qu’hier.

Sauf qu’après avoir si bien vanté les mérites d’Idriss Diallo, au point de lui dérouler le tapis rouge et de faire du président sortant, candidat à sa propre succession, l’Alpha et l’Oméga du foot ivoirien, M. Tohé s’est délesté des pouvoirs qu’il avait obtenus grâce à cet accord pour les redonner à Idriss Diallo. Il ne s’agit plus d’une cohabitation langoureuse entre les deux hommes. Mais d’un seul président qui gouverne et qui détient le stylo de signature. Autrement dit, ce que MT a obtenu de la main droite, il l’a redonné avec cette même main droite. Pour sûr, il s’est lui-même tiré une balle dans la tête.
Kambiré Elie

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