Fabrice Gnédré : Du football au sommet mondial du kick-boxing  

Rien ne le prédestinait au kick-boxing. Après le football, Fabrice Gnédré découvre cette discipline de percussion à 26 ans. Vingt-deux titres plus tard, dont un sacre intercontinental et trois titres mondiaux, l’Ivoirien s’est imposé parmi les références de la discipline. Samedi 12 septembre, il participera au gala organisé par l’Invincible Fighting Championship (IFC), apportant, par sa présence et son combat, un relief particulier à la soirée. Mais au-delà du champion, Fabrice nourrit une ambition : contribuer au développement du kick-boxing en Côte d’Ivoire et transmettre son expérience à la jeunesse. Il revient sur son parcours, son mental et ses ambitions.

Des débuts au sommet

 Vous avez commencé par le football avant de découvrir le kick-boxing à 26 ans. Comment cette rencontre avec cette discipline s’est-elle faite ?

Depuis l’âge de 5 ans, je pratiquais le football. À 25 ans, j’avais envie de pratiquer un sport qui exigeait davantage de contacts. J’ai découvert un club de kick-boxing avec M. Hassan Azza, dans ma ville de Persan. J’ai poussé la porte avec l’envie de pratiquer un sport dans lequel je pouvais me dépasser et me surpasser seul. Dès lors, je n’ai plus arrêté. Trois mois après, j’effectuais mon premier combat, en 2014.

Comment cette première expérience s’est-elle passée ?

C’était lors de la Coupe de France de kick-boxing. J’ai gagné mon premier combat, mais j’ai malheureusement perdu en finale. Cela n’a pas altéré mon envie de continuer.

À 26 ans, commencer une nouvelle discipline peut sembler tardif pour viser le haut niveau. Qu’est-ce qui vous a permis de progresser ?

Au départ, le désir de pratiquer un sport de combat était plus brûlant que celui d’atteindre les sommets. Ensuite, mon objectif était de devenir champion d’Île-de-France. Chemin faisant, je suis devenu champion d’Île-de-France amateur, puis j’ai enchaîné les combats et les championnats en kick-boxing, K1, boxe thaï et full-contact. Au bout de quatre ans, je suis passé professionnel.

À quel moment avez-vous compris que vous pouviez réellement aller loin ?

Lorsque j’ai été champion de France semi-professionnel en boxe thaï, K1 et kick-boxing. J’ai été le seul à décrocher les ceintures des trois disciplines et je suis resté invaincu en semi-pro. C’est donc naturellement que je suis passé professionnel en 2018.

Le champion : travail, mental et force

 Vous comptez aujourd’hui 22 titres, dont trois mondiaux et un intercontinental. Quelle place le mental occupe-t-il dans votre réussite ?

Le mental occupe une place primordiale. C’est comme un puzzle : s’il fait défaut, le physique et la technique ne suivront pas. J’évolue palier par palier. Je me sers notamment des conseils de mon ancien préparateur mental, avec des exercices de respiration. Je m’intéresse aussi au développement personnel à travers les podcasts et surtout la lecture.

On imagine souvent qu’un champion de sport de combat doit être particulièrement imposant physiquement. Quelle est, selon vous, votre principale force sur le ring ?

Je dirais que j’ai souvent été sous-estimé. Je suis un petit poids lourd, 1,85 m pour 103 kilos, et je combats souvent des adversaires plus grands et plus lourds que moi. Ma principale force, c’est le mental. Et techniquement, la puissance de ma jambe gauche, qui fait souvent mouche.

Le kick-boxing est aussi un sport où l’on est particulièrement exposé. Comment apprend-on à gérer les coups, la douleur, la peur et le risque de blessure ?

Quand on est sur le ring, on n’y pense pas. La préparation physique et mentale à l’entraînement nous prépare à faire face à ces situations incontournables dans notre discipline.

 

Les titres et les reconnaissances

 Lorsque vous décrochez votre premier titre mondial, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

J’étais très heureux et en même temps frustré, car le combat avait duré moins d’une minute. C’était face à un Polonais.

Et vos deux autres titres ?

La conquête du deuxième titre a été magnifique. J’ai battu un boxeur invaincu en Europe, devant son public, à Valenciennes. J’étais très dominé. Au premier round, j’ai même été compté après une droite qui m’avait fait tomber. J’ai cru en mes forces, je me suis relevé et, à la grande surprise générale, je l’ai mis KO au quatrième round.

Enfin, le troisième sacre, c’était face à mon public en Côte d’Ivoire, en 2024, face à un Marocain. Quel bonheur !

Après trois sacres mondiaux, votre rapport à la victoire a-t-il changé ?

Non. Récemment, en novembre 2025, j’ai remporté le tournoi international de la Nuit des Champions à Marseille, où nous étions quatre combattants venus de France, d’Algérie, d’Italie et de Côte d’Ivoire. Par rapport à la victoire, je fais le nécessaire pour garder le cap tout en restant lucide. J’ai toujours faim.

Votre ville de résidence, Persan, vous a élevé au grade de citoyen de la ville. Que représente cette reconnaissance pour vous ?

J’étais très content. À travers mon parcours, j’inspire les jeunes de ma ville et ceux de mon pays. Cela démontre que grâce au sport, on peut se réaliser. Si je peux faire rêver ces jeunes, quel plaisir ! Je remercie la ville de Persan pour cette reconnaissance.

En revanche, en Côte d’Ivoire, malgré vos trois titres mondiaux et votre contribution au rayonnement du pays, aucune reconnaissance nationale officielle ne vous a encore été accordée. Comment vivez-vous cette situation ? Est-ce quelque chose que vous espérez encore, ou avez-vous appris à ne pas attendre les distinctions pour avancer ?

J’ai appris à ne pas attendre les distinctions pour avancer. Je pars du principe que si je n’ai pas encore été reconnu, c’est sans doute parce que mon travail n’inspire pas encore suffisamment la jeunesse de mon pays. Le jour où cela viendra, on appréciera les choses à leur juste valeur. Rien n’est perdu. J’ai foi.

 

Le kick-boxing et la transmission

 Le kick-boxing reste encore relativement peu vulgarisé auprès du grand public ivoirien. Partagez-vous ce constat ?

C’est possible. Toutefois, je trouve qu’aujourd’hui, il y a une progression grâce aux galas, aux soirées et aux organisations comme IFC et CI Sports Events qui émergent pour promouvoir la discipline. Il y a aussi un intérêt et un remarquable travail de la fédération dans les clubs, les quartiers et à l’intérieur du pays. Je pense qu’il est important de continuer à démocratiser ce sport.

Vous avez justement des projets autour du kick-boxing et de la jeunesse. Que souhaitez-vous transmettre à travers votre expérience ?

J’ai obtenu mon brevet d’État d’éducateur sportif de la jeunesse en sports pieds-poings. Mon ambition est de contribuer au développement du kick-boxing en Côte d’Ivoire et, pourquoi pas, de créer un club, une association ou une fondation tournée vers la jeunesse.

À travers le kick-boxing, je veux transmettre les valeurs du sport : respect, discipline, partage, humilité… Pour moi, la transmission est fondamentale.

Samedi, vous participez à un gala de kick-boxing. Que représente ce retour sur le ring devant le public ivoirien ?

Je suis absolument très heureux de retrouver le public de mon pays. Ce public qui m’a porté en 2024 et devant lequel j’ai décroché mon troisième titre. Je tenais à défendre mon titre ici. J’espère que les jeunes seront très nombreux.

Votre présence et votre participation donnent forcément un relief particulier à cette soirée. Est-ce aussi une manière de contribuer à donner davantage de visibilité au kick-boxing en Côte d’Ivoire ?

À travers ma participation, bien évidemment, j’espère que ma présence participera aussi à cette visibilité en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, je contribue effectivement et modestement au rayonnement du kick-boxing ivoirien à l’international.

Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ? Peut-on imaginer que ce soit votre dernier combat international ?

Non, car j’ai bientôt une échéance à Marseille. Il s’agira de défendre mon titre de champion de la Nuit des Champions.

Vous avez trois titres mondiaux à votre actif. Le quatrième fait-il toujours partie de vos objectifs ?

À ce stade, je dirais que la conquête d’un titre mondial n’est pas la priorité. Ma priorité consiste à rester en forme et à continuer à représenter et à gagner des titres pour mon pays.

Donc, la recherche d’un quatrième titre n’est pas exclue ?

Non. Ça passe aussi par le combat de demain.

Enfin, si vous pouviez parler aujourd’hui au Fabrice Gnédré de 26 ans, celui qui débutait dans le kick-boxing, que lui diriez-vous ?

De ne rien lâcher ! Aujourd’hui, j’ai 38 ans. Le chemin a été très long et très difficile, avec de nombreux combats. Dans la vie, il faut persévérer. Quand on a un objectif, il faut se concentrer, être focus, n’écouter personne et ça va payer un jour. Ne pas se laisser détourner de ses rêves.

 

Interview réalisée par notre correspondante permanente Maï Coulibaly

 

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