Alea jacta est. Malick Tohé a jeté l’éponge. Contre toute attente, il a renoncé à briguer la présidence de la FIF. L’homme a choisi de laisser le champ libre à Yacine Idriss Diallo. Le président sortant rempilera donc pour un second mandat sans coup férir. L’abdication de M. Tohé, suivie également du désistement du président du RC Abidjan, Cissé Souleymane, ouvre de fait un immense boulevard à Idriss Diallo. Il ira donc, le 12 septembre prochain, à cette AG élective, le cœur soulagé, en chantant et en dansant au rythme du « Coup du marteau ». Les jeux sont donc faits. Toutefois, que les sachants nous corrigent. Jamais, au grand jamais, dans l’histoire du football ivoirien de ces trente dernières années, une AG élective à la tête de la FIF n’a été ainsi prise en étau, cernée et embastillée par une escouade d’hommes politiques qui ont piloté, de bout en bout, la recherche d’un consensus autour d’une candidature unique. Et ce, en vue d’imposer la candidature unique de YI Diallo.
Il y a de quoi verser des larmes. Sniff, sniff, sniff ! Petite piqûre de rappel. Quoique présent hier, le politique n’a cependant pas pu empêcher, en 1999, la bataille du CCIA, Dieng Ousseynou-Jacques Anouma. De même, bien que solidement debout sur ses deux pieds dans les années 2000, le pouvoir politique ne s’est pourtant pas mêlé du scrutin de 2003, au cours duquel J. Anouma est sorti vainqueur de son duel avec ses deux autres challengers, Eugène Diomandé et Yao Koffi Noël du FC Toumodi. Il n’y a qu’en 2011 et en 2022 que le pouvoir politique a vainement tenté de forcer la main aux candidats de ces deux élections pour qu’ils parviennent à un consensus autour d’une seule candidature. Là aussi, cette ingérence du politique n’a pas prospéré. Elle a fait chou blanc en 2011, puisque la bataille de la Caisse de stabilisation a bel et bien eu lieu. Et, feu S. Diallo a proprement triomphé de S. Bictogo. Trois candidats étaient dans les starting-blocks pour l’élection de 2022, pilotée par la Normalisation après la mise sous tutelle de la FIF en 2020. Mais, en dépit de quelques tractations souterraines, de tentatives d’invalidation de certaines candidatures ou de supposés appuis extérieurs, la « guerre » des trois eut lieu à la Fondation FH. Boigny de Yamoussoukro. Et c’est d’une toute petite voix de différence que l’actuel président de la FIF a eu raison du candidat Sory Diabaté, issu du camp du président sortant, Sidy Diallo. L’icône du football ivoirien, Didier Drogba, termina, lui, à la troisième place, car éliminé dès le premier tour. Autrement dit, à l’exception des scrutins de 2006 et de 2015, où les deux présidents étaient candidats uniques lors de ces deux scrutins, presque toutes les autres élections de la décennie 2000 se sont déroulées avec une pluralité de candidatures. Au moins deux.
Seulement voilà. Le 12 septembre prochain, les 89 membres actifs n’auront pas ce privilège-là de choisir au moins entre deux candidats. Ils n’auront non plus pas l’embarras du choix. Ils n’adouberont qu’un seul candidat : Idriss Diallo. Une formalité, en somme. Parce que le pouvoir politique l’a imposé. Pour le reste, repassez en 2030. Car 2026 est bouclé, calé, géré et validé. La fête peut donc commencer dès maintenant. Et Idriss Diallo, pouvait, à juste titre, boire son petit lait, déguster en même temps son « Ruinart » en allant déposer son dossier de candidature, ce 10 août, au siège de la Commission électorale.
Ironie du sort, le destin, ou plutôt les intrigues politiques, ont voulu qu’il soit accompagné de son 1er vice-président, Tohé, celui-là même qui voulait l’éjecter de son fauteuil présidentiel pour être calife à la place du calife. Arrivés simultanément à bord de deux luxueuses voitures à la FIF, sous les chants et les grelots d’un peloton de « Ropéros », les deux tourtereaux que sont le candidat-président et son vice-président senior sont entrés main dans la main au siège de la CE, histoire de sacrifier au rituel du dépôt de candidature. « Mamma mia » ! Tout ça pour ça !
Dire que, pendant longtemps, nous nous sommes trituré la cervelle pour bâtir la stratégie appropriée pour la conquête du pouvoir. Dire aussi que, durant de longs mois, nous nous sommes égosillés pour plaider en faveur d’une compétition électorale ouverte, inclusive et transparente. Enfin, pendant presque une année, nous avons porté notre voix avec force pour défendre ce qui paraissait essentiel dans le jeu sportif : à savoir la liberté pour les clubs de choisir leur président de fédération, sans ingérence du politique ni immixtion de qui que ce soit. Bref, face à un scénario aussi affligeant, il est profondément regrettable de voir le football ivoirien sacrifier son indépendance sur l’autel des intérêts politiques. Mais hélas, le vin étant tiré, il faudra bien le déguster.
En décidant de cadenasser et de verrouiller cette élection, en refusant également l’expression d’une pluralité de candidatures, en un mot, en suivant à la lettre les instructions du politique dans ses affaires internes, le football ivoirien vient peut-être là de vendre son âme au… diable. Or, qui dîne avec le diable… Pourvu que l’ex-supposé candidat, Malick Tohé, ne l’apprenne pas à ses dépens plus tard. Car, qui sème le vent récolte la tempête. 4 ans, c’est long. Et d’ici là, rien ne dit qu’un troisième larron ne viendra pas s’emparer de maître Aliboron. Pour la troisième fois. À ce rythme-là, il ne sera pas qu’un simple perdant, mais un looser. En tout cas, La Fontaine nous aura avertis. Ou plutôt averti Malick.
Kambire Elie