Le joli bazar qui a entouré le duel à distance — ou, si vous préférez, la petite guerre à fleurets mouchetés — que se livraient les deux hommes forts du COMEX sortant, à savoir Idriss Diallo et Malick Tohé, en prélude à l’élection à la tête de la FIF, suivi du retrait annoncé du second en échange d’un renforcement de ses pouvoirs au sein de l’appareil exécutif, avait tout l’air d’une variante du jeu d’échecs : « Qui perd gagne » ou « Bouffe-tout ». Justement, maintenant que le thermomètre est redescendu, que la tension est retombée et que le climat de méfiance et de défiance a totalement disparu au profit de l’apaisement et de la confiance, sur fond de nouveau départ entre les deux hommes, la question essentielle qui ne cesse de tarauder notre esprit n’est-elle pas celle-ci : qui a gagné quoi dans ce pacte ? Ou alors, qui a perdu quoi dans ce deal ? Autrement dit, si l’ex-numéro 2 de la FIF a raflé la mise dans cette affaire, faut-il pour autant croire que l’ex-numéro 1 est ressorti les mains vides au terme de ces négociations placées sous l’arbitrage des missi dominici du pouvoir politique ?
Violente question. D’autant plus qu’en allant déposer leur dossier de candidature au siège de la Commission électorale, Idriss et Malick étaient bras dessus, bras dessous et riaient à ventre déboutonné. Un peu comme si chacun d’eux avait obtenu ce qu’il voulait auprès des médiateurs de la République. Autrement dit, comme s’ils étaient tous les deux sortis vainqueurs de leur bras de fer. À première vue, on dira qu’ils ont bien caché leur jeu. En bons acteurs, ils ont pu donner l’image d’un duo uni, d’un tandem solide et d’une union sacrée, comme s’ils n’avaient pas du tout été affectés par cette passe d’armes. Et, par conséquent, comme si rien ne pouvait leur arriver. Et pourtant, s’il est vrai que personne ne sait grand-chose du pacte qui les lie, en dehors des « on-dit », des rumeurs, donc, lesquelles nous apprennent que Malick Tohé aurait obtenu des pouvoirs renforcés, une seule vérité est cependant visible, et sans microscope. Car elle ne souffre d’aucune ambiguïté.
Or, un accord ne devient parfait que lorsqu’il a été éprouvé par le temps et les épreuves. Autrement dit, à la réalité du terrain. À l’épreuve du terrain, donc, on saura si Malick Tohé a bien fait de rester numéro 2 avec tous les privilèges dus à sa fonction ou s’il ne s’est pas floué, berné en signant ce deal. Quoi qu’il en soit, dans le journal que vous tenez entre vos mains ce matin, il est écrit noir sur blanc que le président de la FIF est et sera Yacine Idriss Diallo. Car c’est lui que les 89 membres actifs plébisciteront le 12 septembre prochain. D’autant plus que l’enjeu, ici, ne réside pas tant dans les pouvoirs renforcés dont bénéficierait désormais le premier vice-président, fût-il vice-président senior. Ce qui compte, c’est la finalité de tout cela : savoir qui sera assis dans le fauteuil de président de la FIF une fois le scrutin bouclé, mais aussi qui jouira des prérogatives et des privilèges liés à cette fonction.
Vous l’aurez compris. Dans cette partie de poker menteur, le grand gagnant de cet accord de dupes n’est pas forcément celui dont les pouvoirs auront été renforcés, fussent-ils étendus à l’infini, mais celui qui, au jeu de « qui perd gagne », détient le « B.I.C. ». Peu importe qu’il soit Cristal ou Reynolds, l’essentiel est qu’il signe les chèques. Et qui a le chéquier gouverne. En tout état de cause, que cet accord soit un marché de dupes ou un accord gagnant-gagnant, tant pis. Puisqu’il n’y a eu qu’un seul vainqueur : Yacine Idriss Diallo. Et un seul vaincu : Malick Tohé. Mais, au final, c’est bien le football ivoirien qui est sorti perdant de cet arrangement dérangeant. Parce que le politique lui aura confisqué son élection. Sniff, sniff, sniff !
Kambiré Elie